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Nombre record de banquiers millionnaires en France cette année : est-ce vraiment mérité ? Ce qu’il faut savoir pour se faire une idée

Publié le 26 avril 2018
​Selon un article publié par les Echos ce 24 avril, de nombreuses banques françaises comptent (chacune) 100 banquiers ayant une rémunération supérieure à un million d'euros pour l'année 2017, un chiffre au plus haut depuis 4 ans.
Mathieu Mucherie
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Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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​Selon un article publié par les Echos ce 24 avril, de nombreuses banques françaises comptent (chacune) 100 banquiers ayant une rémunération supérieure à un million d'euros pour l'année 2017, un chiffre au plus haut depuis 4 ans.

 

​Selon un article publié par les Echos ce 24 avril, les banques françaises BNP Paribas, Société Générale, et Natixis, comptent (chacune) 100 banquiers ayant une rémunération supérieure à un million d'euros pour l'année 2017, un chiffre au plus haut depuis 4 ans. Derrière cette inflation salariale, quelle a été l'évolution du secteur financier au sein de l'économie française ? Comment expliquer un tel poids, et celui-ci se justifie-t-il par son "utilité sociale" ? Derrière cette hypertrophie du secteur, la finance remplit-elle correctement son rôle de financement de l'économie ? Est-ce que derrière les activités de spéculation, le traitement des fonctions essentielles du secteur sont à la hauteur du poids total de cette industrie ?

 

Mathieu Mucherie : Un peu partout les entreprises sont autofinancées ou presque (c’est un peu moins vrai en France, mais aux États-Unis, dans la zone euro et au Japon, le ratio du cash-flow à l’investissement est aujourd’hui voisin de 100% et le plus souvent vers 130%), et les particuliers sont bien moins enclins qu’avant 2008 à s’endetter (ils sont déjà gorgés de crédits immobiliers), ce qui fait dire à certains (Charles Gave depuis des années, par exemple) que les banques sont de nos jours aussi utiles que des agences de voyages à l’âge d’internet ; et pourtant… les bonus reviennent, et la masse salariale des salles de marchés ne se contracte pas vraiment en dépit de l’arrivée des robots. C’est très curieux pour un domaine que l’on présente comme en transformation, et en rédemption. Tâchons d’y voir un peu plus clair. C’est important quand on sait la défiance populaire qui entoure ce secteur. Au moment de la crise, on a même eu l’impression qu’un grand nombre de gens (y compris des libéraux) étaient tristes de voir notre système bancaire ne pas chuter jusqu’au bout ; comme si on pouvait remplacer Gladstone par SG ou Natixis dans la célèbre citation de Benjamin Disraeli : « La différence entre un malheur et une calamité est la suivante : si Gladstone tombait dans la Tamise, ce serait un malheur. Mais si quelqu'un l'en sortait, ce serait une calamité ».

Primo, qui paye, demandait Lénine ? "Ce n’est pas l’employeur qui paie les salaires, c’est le client", disait Ford. Autrement dit, les méga-bonus dans une industrie en crise (car elle est bien en crise, cf les cours de bourse des établissements) ne sont possibles que si et seulement si on peut les faire passer aux clients, et avaler aux proprios. Cela suppose d’une part une structure de marché pas si concurrentielle (on peut parler d’oligopoles sur de nombreuses activités, oligopoles protégés par la réglementation et par les banques centrales, cf les difficultés des fintechs depuis des mois), et un assez faible niveau d’ouverture internationale (les banques restent surtout domestiques), et d’autre part une grande capacité des managers à oublier les intérêts des actionnaires (il se trouve que les actionnaires des banques sont particulièrement dispersés, atomisés). Ces caractéristiques sont encore plus marquées en France : niveau encore limité de la désintermédiation, faible crédibilité d’un scénario de nouvel entrant, etc.

D'après les chiffres de l'Etat de New York, les bonus ont atteint 184K dollars l'an dernier (soit 153K euros) ; c’est moins qu'en Europe en général, et en France en particulier : chez Natixis (321 salariés concernés), les bonus moyens s'affichent à un niveau deux fois plus élevé. Mais les boîtes françaises sont encore des amatrices en matière de méga-bonus, du moins sur le territoire national : on ne compte pas de hedge funds (par bien des aspects, un Ray Dalio est impensable à Paris) et pas de Goldman Sachs, et nos trois plus grands acteurs bancaires réunis emploient deux fois moins de banquiers millionnaires (annuels) que la seule Deutsche Bank (dont les activités et les cours s’effondrent en continue depuis plus de 10 ans). Mais bien entendu ce n’est pas parce que c’est pire ailleurs que c’est bien chez nous.

A New York, les employés du secteur financier gagnaient l'an dernier soit cinq fois plus que la moyenne du secteur privé. Une abondante littérature est consacrée à ce sujet, faite de collusion et de capture sur le versant critique, et d’effet superstar (comme pour le football ou la musique) sur le versant un peu plus indulgent. Un quart des employés de la finance y gagne plus de 250 000 dollars/an. «Les salaires sont toujours élevés, mais ils ont baissé significativement depuis la crise et en pourcentage des revenus des banques», dit-on. Je ne suis pas convaincu. En tenant compte de l'inflation ou de ce qu’il en reste, les bonus 2017 sont à peine en repli par rapport à 2006, tandis que la part des salaires dans la banque d'investissement aurait reculé, passant de 46% à 38% du chiffre d'affaires en dix ans. C’est douteux, et même si c’est vrai c’est encore beaucoup. Un bon ingénieur à la NASA gagne trois ou quatre fois moins, et si les médecins américains peuvent gagner autant au moins ils sauvent quelques vies. «Les bonus dépendent fortement de la nature des produits et des montants des résultats. En 2017, ils ont décliné dans le trading, mais ont progressé dans les fusions-acquisitions», dit-on. Certes. Mais avec la gestion indicielle et le « back to basics » (disparition de nombreuses activités sophistiquées), et la baisse des taux qui fait mieux voir l’épaisseur des frais, bref : l’orientation générale du secteur depuis 2008 ne permet certainement pas à quelques activités bien « margées » de compenser. Les bonus font donc encore plus tâches qu’à l’époque où la masse monétaire M3 progressait à 12%/an et où la marée haute dispensait de se poser trop de questions. Il y a bien un problème, que l’autorégulation ne semble pas capable d’éteindre à ce stade. Des efforts ont été faits, mais le simple fait de comparer avec le high water mark de 2007 devrait mettre mal à l’aise.

Deusio, de si hauts bonus doivent reposer (pour une acceptation sociale de base) sur un savoir faire particulier, une expertise hors pair. On se doute bien qu’on ne va pas payer comme un malpropre un senior banker qui transporte toute une habilité relationnelle non-reproductible par un algorithme, une expérience et un carnet d’adresses, un sens de la confidentialité, etc. Mais tous ces éléments sont immatériels, et pas évidents à comprendre pour les non-initiés du grand public qui sont certes très tolérants (ils peuvent voter en masse pour un jeune banquier qui après deux ans d’expérience de M&A a empoché deux millions d’euros) mais qui seraient plus facilement convaincus par des brevets, des innovations technologiques, des choses concrètes : les milliards gagnés par les Tycoons de la Silicon Valley ne choquent même plus le Nouveau Parti Anticapitaliste, alors que les millions gagnés par des salariés choquent davantage, et à juste titre. D’une façon un peu provocatrice, l’ancien banquier et ancien banquier central Paul Volcker (longtemps le gourou de tous ces gens) disait que la seule vraie innovation financière de la 2e partie du XXe siècle était la généralisation des ATMs (les distributeurs de billets). Il voulait dire par là que tout le bla-bla du secteur autour des produits complexes ne valait rien pour les clients sur un cycle économique entier (vous vous souvenez des CDO au carré ?). C’est un peu exagéré, mais ce n’est pas sans pertinence : par exemple, les banquiers achètent très cher tout un tas d’informations dans lesquelles ils se noient sans que cela améliore manifestement la qualité de leurs décisions. Citi en est à son 4e sauvetage par le contribuable en 30 ans, l’ensemble du secteur reste très procyclique, le risk management tourne en rond, etc. La remarque perfide de Volcker rejoint au passage l’idée que les innovations les plus transformatrices sont souvent très prosaïques : le containeur, le code-barres, la climatisation. Il se trouve que les banques ont recruté des centaines de milliers de bac+5, qu’elles les payent bien plus que ce qu’ils toucheraient dans n’importe quel secteur, qu’elles ne les virent que fort timidement même dans le cas d’une crise apocalyptique, et que cela ne débouche pas souvent sur des innovations constructives ou des diversifications brillantes, du moins si on en juge par les profits et les cours de bourse ; de nombreux établissements ne valent pas plus que la somme de leur trésorerie et de leur immeuble. Tout ça pour ça. Avec bien moins d’ancienneté pour poser une réputation et établir le fonds de commerce, bien moins de personnel bardé de diplômes et aucun accès privilégié au guichet des banquiers centraux, les entreprises non financières font le plus souvent beaucoup mieux, et en particulier celles qui se passent complètement des banques. Au point que l’ensemble des 128 grandes banques de la zone euro ne valent pas plus que des firmes récentes, et certaines d’entre elles pourraient même racheter tous nos grands établissements simplement avec leur cash

Les méga-bonus passent de moins en moins auprès des clients, des actionnaires, du grand public, et des autorités de supervision qui ont peur de se voir reprocher une inaction en la matière. Il y a donc bien un problème, que nos gauchistes ne peuvent pas analyser car ils prennent les banquiers pour des vampires assoiffés de sang, d’odieux traders avides à la mode des années 80 : alors que l’on parle d’une dérive des 1% (grand max) des salariés des banques, et que la réponse a plus à voir avec la transparence, avec la concurrence, qu’avec les méthodes traditionnelles mal fichues (le plus souvent fiscales) que nous aimons tant, le genre one size fits all ; des lits de Procuste. 

Michel Ruimy : Avec le retour de la croissance, les établissements bancaires français ont réalisé, en 2017, 23,5 milliards d’euros de bénéfices en 2017. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant de lire que ces 3 banques comptent dans leurs effectifs, en France, une centaine d’agents dont la rémunération a dépassé 1 million d’euros car l’industrie bancaire est utile à l’économie française : elle finance les projets des ménages (logement, véhicules, études…) comme l’activité et le développement des entreprises (besoin de trésorerie, investissements, développement de nouveaux marchés ou innovations technologiques…). 

L’importance de ce secteur dans l’économie résulte du poids du passé. Depuis 1945, la place centrale de l’Etat, acteur majeur de la reconstruction, et son désengagement dans les années 1980, constituent les caractéristiques les plus originales du système financier français. Alors qu’il était, jusque-là, essentiellement administré, il s’est aligné progressivement sur le modèle anglo-saxon : désengagement de l’État, liberté des prix, rôle essentiel du marché boursier dans la détermination des taux d'intérêt et des prix des actifs… Aujourd’hui, il y a, à fin 2017, en France, environ 350 établissements de crédit, qui emploient près de 370 000 personnes. Ce secteur est le 3ème employeur privé français et il représente 2,5% du Produit intérieur brut.
Pour autant, le financement de l’économie, sa mission essentielle, est-elle bien remplie ?
Même si on s’aperçoit que, dans un contexte de baisse des taux, les plus grandes entreprises ont de plus en plus recours aux marchés financiers pour obtenir des liquidités (phénomène de désintermédiation), les entreprises, en particulier les PME et les ETI, se tournent davantage vers les banques que vers les marchés pour se financer. A fin 2017, cette activité de financement de l’économie, sous forme de crédits bancaires, s’est montée à près de 2 300 milliards d’euros. Les banques françaises contribuent ainsi, grosso modo, pour plus de 20% au total des crédits distribués à l’économie dans la zone euro, pour les particuliers comme pour les entreprises. Elles sont donc un des moteurs de la croissance et de l’emploi dans notre pays. 
Mais, ce qui peut paraître surprenant dans la publication de ces rémunérations, c’est d’apprendre qu’en même temps, les banques françaises prévoient de supprimer 8 000 emplois et de fermer une centaine d’agences d’ici 2020 !
 

Rappelons rapidement la genèse du contexte bancaire actuel. Après la remise en question progressive de l’intervention de l'État, après la libéralisation du système financier dans les années 1980, la décennie 1990 a consacré le désengagement de l’État. En effet, la politique monétaire de même que les règles visant à une libéralisation accrue des circuits de financement sont dorénavant définies à l’échelle européenne. En outre, le développement des marchés financiers a entraîné une diminution importante de l’intermédiation traditionnelle (dépôts et crédits) au profit de nouvelles activités. Partout, les systèmes bancaires ont ainsi connu en quelques décennies une véritable mutation.

Intégrant une nouvelle forme du capitalisme qui vise à davantage de profit : le capitalisme financier - il ne faut pas oublier que les banques sont aussi des entreprises commerciales et, à ce titre, doivent des comptes à leurs actionnaires -, les établissements financiers ont changé de « business model ». Elles ont développé progressivement, à côté de leur modèle traditionnel de financement de l’économie, leurs activités de marché avec pour corollaire de placer la rentabilité de court terme au-dessus de la stabilité de long terme. La gestion des risques est devenue une de leurs fonctions principales, comme en témoigne l’accroissement spectaculaire de leurs portefeuilles de produits dérivés.

Banques et marchés financiers jouent désormais des rôles complémentaires, et non plus substituables dans le financement de l’économie. Comme le suggère la vague impressionnante de fusions-acquisitions de la fin du XXème siècle, ce n’est pas de la disparition future des banques qu’il y a vraiment lieu de s’inquiéter, c’est plutôt de l’apparition de « méga-banques » ou de conglomérats financiers internationaux au pouvoir de marché considérable et très difficiles à contrôler par les autorités prudentielles.

La naissance de ces conglomérats a sans doute eu pour but d’exploiter davantage les économies d’envergure rendues possibles par la déréglementation des activités bancaires (conglomérats banque-assurance) mais aussi des différences dans les réglementations financières nationales. Ce phénomène peut être aussi interprété comme une réaction des établissements financiers qui cherchent à conserver leurs parts de marché face à l’intensification de la concurrence. Il n’en demeure pas moins que la plus grande opacité organisationnelle de ces conglomérats et leur caractère international rendent l’activité bancaire moins lisible pour le régulateur, ce qui les libère de l’emprise de ce dernier.

Est-il utopique d'imaginer un rééquilibrage de la situation ? Quels sont les moyens dont disposent les Etats pour maîtriser la situation ? 

Mathieu Mucherie : Rééquilibrer est légitime, puisque le gros des dérives n’est pas bien relié aux forces libres du marché libre, et que le résultat est pathétique, y compris à long terme nous l’avons vu pour les principaux intéressés, les actionnaires des banques qui se retrouvent avec certes des dividendes mais beaucoup de volatilité et fort peu de plus-values. « Le pouvoir n'a qu’un seul devoir - de garantir la protection sociale du peuple » (Benjamin Disraeli). Rééquilibrer serait une façon de remotiver les nombreuses personnes (plus de 300 000 rien qu’en Île-de-France) qui travaillent dans ce secteur et qui sont les premières à être très agacées par les méga-bonus, par les méga-amendes, par les méga-dérives. Rééquilibrer serait surtout urgent dans le contexte politique européen actuel, bien que le sujet ne date pas d’hier. « La question qui a déferlé au cours des siècles et qui devra être combattu tôt ou tard est le peuple contre les banques » (Lord Acton).

Mais comment rééquilibrer quand on a confié la supervision du secteur aux banquiers centraux (en échange d’une promesse intenable de muraille de Chine) ? 

Depuis 10 ans les banques centrales créent ou font circuler plus d’argent que les banques commerciales. Les premières financent ou réassurent les secondes tout en fixant leurs principales sources de revenus, sauf que les secondes sont aussi objets de supervision et de régulation par les premières, ces dernières se servant bien entendu des autres comme canaux de transmission, cependant qu’elles se servent les unes pour les autres de vivier de recrutement. Tout va pour le mieux dans ce petit cercle, nous l’avons vu maintes fois dans ces colonnes ; on se demande pourquoi certains esprits libéraux mal intentionnés et paranoïaques osent évoquer de possibles conflits d’intérêts et une trahison des élites.

Détail amusant, et qui étonnera nos mélanchonnistes primaires, ceux qui ont le plus combattu ces interactions opaques tout au long du XXe siècle n’étaient pas des marxistes hardcore mais les économistes de Chicago, qui ont inlassablement proposé de déposséder les banques commerciales de leur pouvoir de créer la monnaie (la source principale encore aujourd’hui de leurs revenus, une pure prérogative régalienne), de les priver de leur principal levier, puis qui, en la personne de Milton Friedman, se sont opposé à une conception maximaliste de l’indépendance des banquiers centraux en raison notamment des liens malsains que cela encourage depuis toujours avec l’industrie bancaire, du brouillage dans l’imputation des responsabilités monétaires jusqu’au capitalisme de connivence. Comme pour l’allocation universelle, comme pour l’impôt négatif, comme pour les obligations indexées, comme pour les taux de changes flexibles, comme pour le combat contre les restrictions douanières ou foncières, comme pour le QE : les textes les plus pertinents, et les plus radicaux, sont plus anciens et plus libéraux qu’on ne le croit dans les débats hexagonaux.       

L’intérêt, par parler comme Keynes, ne rémunère de nos jours aucun sacrifice véritable ; il est devenu largement illégitime, si j’ai à peu près raison sur la déflation en zone euro depuis 2008 et si on se souvient de ce que peut faire une banque centrale de son bilan. Dès lors, quand cette dernière fait mine de remonter les taux (la FED depuis deux ans, la BCE dans deux ans), la tentation est forte d’y voir (est-ce seulement de l’illusion nominale ?) une stimulation des intérêts des banques commerciales, éventuellement au détriment du grand public ; une subvention cachée (qui, ironie de l’histoire, pénalise surtout les banques quand la partie longue de la courbe des taux n’a pas le bon goût de se plier aux desiderata de nos bureaucrates de la partie courte ; mais passons). Et on sait comment finissent les secteurs subventionnés.

Vous voulez réduire le pouvoir des banques et la taille des bonus ? Militez pour une tout autre architecture monétaire, menacez d’un « Chicago Plan » ou de taux négatifs, œuvrez pour une plus grande culture financière et pour une gouvernance plus « actionnariale » des établissements (il y aurait tant à dire sur le casting de certains conseils d’administration et de rémunération). De nouvelles couches de règles et de taxes ne feront que renforcer le sommet des insiders. Et, à Paris, ce serait à la fois de la gourmandise et une légère contradiction avec nos tentatives de drague (lourde) des banquiers londoniens post-Brexit.

Quant aux banquiers, ils ont plutôt intérêt à se réformer encore car sinon ce n’est pas seulement leur popularité qui va souffrir mais tout le business. Des choses sont faites il est vrai, un peu partout, des bonus calculés ou lissés sur plusieurs années, des bonus en actions, etc. Des mesures techniques sont prises, bricolées, négociées. Après tout, le problème n’est pas principalement macro, si l’on excepte la pro-cyclicité et les liens avec la banque centrale : si à New York les bonus se montent à 30 milliards par an, cela semble scandaleux, mais sachez que c’est moins que la consommation de chewing-gum par les Américains, et deux ou trois fois moins que les dépenses annuelles US pour la nourriture des animaux domestiques. Le problème relève plutôt de la concentration, de la répartition des bonus, et de leur timing, sur fond de bon dosage des structures d’incitation ; c’est bien une thérapie micro qu’il faut, près du terrain et dans le respect inévitable de quelques stars qui s’arrachent et dont le mercato est authentiquement mondial. Mais les banquiers ont intérêt à faire des efforts y compris dans les phases de retour de la confiance comme aujourd’hui, s’ils ne veulent pas que les autorités politiques reviennent avec leurs gros sabots (il leur faut des boucs-émissaires), que les économistes y compris libéraux ne les lâchent une fois pour toutes à la prochaine crise (ils ne sont pas exempts de jalousie), et que les banquiers centraux qui connaissent leurs comptes et qui ont tous les moyens de pression ne leur infligent des chantages dignes de pays périphériques de façon à conserver leur auréole et leur indépendance.  

Michel Ruimy : Vu l’importance prise par la finance et les marchés financiers dans l’économie, il me paraît difficile voire illusoire d’envisager un retour à une situation antérieure, à celle qui prévalait il y a 50 ans. Dès lors, il convient de composer avec.

Depuis la crise financière de 2007, les autorités ont pris conscience de la situation. Déjà, aux Etats-Unis, la loi Dodd-Franck, limite, depuis 2013, une prise de risque inconsidérée par des établissements bancaires. Une loi relativement similaire s’est fait en jour, en 2012, en France.

Néanmoins, au-delà de ces lois, ne faut-il pas se demander si les politiques de rémunération incitent à une gestion saine et prudente des banques et non à des prises de risques inconsidérées ? Notons que les banques françaises restent toutefois en deçà de leurs concurrentes européennes puisque HSBC et la Deutsche Bank compte respectivement un peu plus de 370 banquiers et plus de 700 salariés à plus de 1 million. En d’autres termes, s’il ne faut pas encadrer plus durement le mode de rémunération des banquiers et regarder si ces rémunérations se justifient par les services rendus par le système bancaire ?

Si, l’objectif des autorités, notamment l’Autorité bancaire européenne, est de s'assurer que les régimes de rémunération en place soient conformes aux normes européennes - la part variable du salaire des banquiers - bonus - ne peut excéder, depuis 2015, le montant de la part fixe, les grandes banques contournent la législation. Par exemple, Citigroup avait annoncé, dès 2014, à ses salariés concernés par le plafonnement des bonus, qu’ils percevront des indemnités supplémentaires pour compenser.

On voit bien l’importance de l’efficacité économique et de l’utilité sociale du secteur bancaire. Pour prendre une image médicale, un corps humain qui dispose de sang a la capacité de vivre. Si ce sang n’a pas la possibilité de circuler convenablement, le corps en question ne pourra pas être irrigué convenablement et sa survie sera remise en question. Une économie fonctionne sur le même mode. En effet, une économie qui dispose de monnaie a la capacité de se développer. Toutefois, si cette monnaie ne circule pas, ou mal, alors le potentiel de développement d’une économie, voire même sa survie, sera limité.

   

 

 

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