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CIA : la nomination surprise de Gina Haspel entérine le retour des durs à Langley

Publié le 14 mars 2018
C’est désormais une femme, Gina Haspel, au profil sulfureux, qui est nommée à la tête de l’emblématique centrale du renseignement américain.
Franck DeCloquement
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Franck DeCloquement est praticien et expert en intelligence économique et stratégique (IES). Membre du CEPS (Centre d'Etude et Prospective Stratégique), de la CyberTaskForce et membre fondateur du Cercle K2, il est en outre professeur à l'IRIS (Institut...
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C’est désormais une femme, Gina Haspel, au profil sulfureux, qui est nommée à la tête de l’emblématique centrale du renseignement américain.

Après un précédent Anglais avec Stella Rimington, ancienne directrice du célèbre MI6 de 1992 à 1996, c’est désormais une femme qui est nommée à la tête de l’emblématique centrale du renseignement américain. Stella Rimington avait en outre inspiré le personnage de « M » interprété par Judi Dench dans la franchise cinématographique mondialement connue des James Bond. Comme un clin d’œil de l’histoire, on se souviendra également du personnage de la directrice adjointe de la CIA « Pamela Landy », interprétée avec brio par la comédienne Joan Allen dans la série des Jason Bourne. Une autre réalité cinématographique qui devient également américaine – à rebours cette fois – avec Gina Haspel, jusqu'ici directrice adjointe, et qui prend aujourd’hui la tête de l'Agence centrale du renseignement de Langley. Faut-il encore que ce choix de Donald Trump soit toutefois entériné par le Sénat américain. Ce qui ne s’annonce pas comme une mince affaire.  Si sa nomination est confirmée, Gina Haspel sera très rapidement confrontée à de nombreux défis. Et notamment celui relatif aux ingérences Russes dans les élections américaines, que Donald Trump rechigne à admettre. Mais avec la nomination de cette femme, le président des Etats-Unis semble d’ores et déjà embrasser le côté obscure de la force et s’en satisfaire par avance.

« You are fired ! »

Donald Trump a longtemps été le deus ex machina du show de téléréalité américain « The Apprentice », où des candidats au succès s’affrontaient impitoyablement dans l’arène télévisée pour décrocher un emploi dans l’une de ses entreprises. Il s’est d’ailleurs rendu célèbre par cette célèbre sentence devenue entre-temps culte, « You are fired ! ». Verdict qu’il lançait aux malheureux perçus comme n’étant pas à la hauteur de ses attentes pour entrer dans le saint des saints « du monde selon Trump ». C’est un peu cette séquence de son « show » télévisé fétiche qui vient de se rejouer aujourd’hui aux dépens cette fois de l’infortuné Rex Tillerson. Le très mesuré secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et novice chef de la diplomatie américaine, vient en effet d'être sèchement congédié par un tweet expéditif de Donald Trump en personne. Rex Tillerson, qui peinait grandement à trouver sa place dans un gouvernement où la conduite des affaires étrangères demeure l’apanage du président, aurait d’ailleurs appris son limogeage expresse  en lisant la sentence présidentiel postée mardi sur le site. Comme l’avait anticipé dès la fin du mois de décembre 2017 le New York Times, Donal Trump l'a immédiatement remplacé au pied levé à la tête du département d’Etat, par Mike Pompeo, l'actuel directeur de la CIA, propulsé pour cette occasion au poste de secrétaire d’État. Ce qui ajoute un ancien militaire de plus au sein de son cabinet rapproché, alors même que l’habileté diplomatique de l’actuel chef de la CIA restait encore un mystère pour beaucoup d’observateurs avisés.

Mais contrairement à Tillerson, Mike Pompeo avait su se faire une place dans le premier cercle de Donald Trump, en se rendant très régulièrement - le plus souvent possible lui-même - dans le bureau ovale de la Maison Blanche, pour y présenter au président Américain le résumé quotidien des affaires du monde. Une compile réalisée à son intention et produite par les agences de renseignement. Stratège et avisé, il n’avait pas non plus pris le contre-pied du magnat de l’immobilier qui avait insulté à plusieurs reprises les services de renseignement américains en début de mandat, et mis très régulièrement en doute leur conclusion sur l’ingérence russe dans l’élection qui l’avait mené à la Maison Blanche.

Pompéo « l’impitoyable ».

Mike Pompeo s’était plutôt fait l’écho du ton guerrier et parfois très agressif prisé par son commandant en chef, en promettant une CIA plus « brutale » et « impitoyable ». Affirmant sans ambages que l’Iran devrait payer plus cher pour son comportement défiant sur la l’échiquier international. Allant même jusqu’à plaisanter - ou pas - sur l’assassinat du leader nord-coréen Kim Jong-un, devenu la bête noire du locataire de la Maison-Blanche, à travers une phrase devenue culte : « Si Kim Jong-Un devait soudain disparaître, étant donné le passé de la CIA, je n’en parlerai pas », avait-il lancé à la vindicte public en octobre dernier. « D’aucuns pourraient penser qu’il s’agit d’une coïncidence ». Dans le même temps, Pompeo "l'impitoyable" cède également sa place - dans ce jeu de chaises musicales grandeur nature - à son adjointe. La très expérimentée et discrète Gina Haspel, d’ailleurs considéré elle-même comme un "Faucon" dans les arcanes avisées des spécialistes la politique à Washington. Elle avait été nommée il y a plus d’un an à ses côtés, en février dernier. Elle deviendra en conséquence, la première femme à prendre la tête de la centrale américaine du renseignement la plus célèbre au monde.

Une femme « faucon » au passé trouble qui pourrait resurgir.

Jusqu’à présent numéro deux de l’agence de renseignement, Gina Haspel est à 61 ans aussi respectée au sein de la CIA qu’elle est décriée dans les milieux des organisations de défense de droits de l’Homme, et de l’opposition démocrate à Donald Trump. En effet, son nom est depuis longtemps associé à l’usage de la torture et de l’enlèvement de suspects de terrorisme. Digne successeur de son – désormais – ancien patron à la tête de la centrale, elle avait vu son nom très controversé apparaitre dans des dossiers d’enquêtes pour le moins compromettantes, datant de la période ou elle était en charge des opérations clandestines de l’agence en 2002. Elle avait notamment dirigé l’une des premières prisons clandestines - ou « black site » - en Thaïlande. Un site noir où des détenus djihadistes y étaient régulièrement torturés après les attentats du 11 septembre 2001 qui avaient traumatisés toute l’Amérique, à des fins d’interrogatoires « poussés ».

Ces fameuses prisons de détentions secrètes contrôlées par l’agence, et délocalisées à l'étranger (Afghanistan, Pologne, Roumanie, Maroc, Kosovo, Macédoine, Bulgarie, Lituanie et en Ukraine etc), y étaient utilisées pour y loger des « prisonniers fantômes » dans le cadre d’un vaste programme clandestin d’interrogatoires particulièrement musclés. Ce qui n’est pas pour déplaire à Donald Trump, adepte de la manière forte et des pratiques expéditives. Comme il s’en était d’ailleurs ouvert très tôt, durant la dernière campagne pour les élections présidentielles, ou il avait explicitement pris position en faveur de la torture. L’ancien patron de Gina Haspel, Mike Pompeo, n’avait-il pas lui-même déclaré dans un cri de guerre vouloir être à la tête d’une CIA : « pour que la CIA connaisse le succès, elle doit être agressive, brutale, implacable et impitoyable » ? Sur les conseils avisés de son entourage, Donald Trump avait ensuite mollement remis en cause l’efficacité de la torture peu après son accession à la Maison Blanche, avant de faire à nouveau de se rétracter dans une énième volte-face, fin 2017. Assurant cette fois avec véhémence dans une tirade aux accents publicitaires, que «  la torture, ça marche ! ». Le choix de la nouvelle promue semble définitivement clore tous atermoiements en la matière. Et Trump se range d’évidence, du côté des avis tranchés des durs de son administration. D’aucuns parlent de faucons.

Par ailleurs, le Washington Post avait affirmé de son côté que Gina Haspel avait aussi été impliquée dans la destruction en 2005 de vidéos compromettantes sur ces techniques d'interrogatoire poussé, appliquées sur plusieurs détenus en Thaïlande et membres présumés d’Al-Qaïda, à l’intérieur le « black site » ou elle était en charge des opérations clandestines de l’agence. C’est là-bas qu’ont été en outre interrogés, sous sa direction, et dans des conditions particulièrement critiquées, Abd al-Rahim al-Nashiri et Abou Zoubaydah. Ce dernier y a été soumis au supplice du waterboarding – sorte de simulacre de noyade – un peu moins d’une centaine de fois en un mois. Subissant de manière répétée, des humiliations corporelles et sexuelles, faisant suite à des privations sensorielles et multiples phases de sommeil, organisées à dessein sur de très longues périodes. Il y aurait perdu un œil à l’issue de ces traitements de choc. Son interrogatoire a depuis été cité en exemple dans divers rapports parlementaires, documentant sans détours l’utilisation de la torture par les agents de la CIA, à l’image de celui datant d’avril 2014, compilé dans un document de 6700 pages, d’une épaisseur peu commune.

Gina Haspel, une femme de l’ombre désormais dans la lumière.

Mais le rôle trouble de cette ancienne responsable des opérations clandestines dans les prisons secrètes pourrait rapidement compliquer sa tâche, pour diriger l’une des plus grandes agences de renseignement du monde. Et sa confirmation par le Sénat américain, pourtant à majorité républicaine, pourrait se révéler particulièrement difficile. « Gina est une espionne exemplaire et une patriote dévouée qui apporte plus de 30 ans d’expérience dans l’agence. Elle est aussi une dirigeante expérimentée avec une aptitude fantastique à faire les choses et à inspirer ceux qui l’entourent », déclarait Mike Pompeo en la nommant numéro 2 de l’agence il y a un an.

Au chapitre des réactions diverses faisant suite à cette nomination surprise, on notera celle du président de la commission du Renseignement du Sénat, le républicain Richard Burr, qui a d’ores et déjà annoncé qu’il soutiendrait la nomination de Gina Haspel comme on pouvait s’en douter. Expliquant qu’elle avait « les compétences, l’expérience et le discernement qu’il faut pour diriger une des agences les plus importantes du pays ». Un ancien responsable de la CIA, Nick Shapiro, s’est réjoui de sa nomination sur twitter : « Gina Haspel est une espionne de carrière, ce qui est ce dont l’agence a besoin, et bien loin de son directeur actuel, qui est politique », a-t-il indiqué hier sur son compte. « Elle n’est pas du genre à faire de la politique, elle ne sera pas faible face à la Russie et elle sera franche avec le président ». Mais ajoutant dans un bémol annonciateur : « la question est de savoir si Donald Trump l’écoutera », a-t-il conclut pour finir. De son côté, le très respecté sénateur républicain John McCain a d’ores et déjà prévenu qu’elle devrait s’expliquer sur « la nature et l’étendue de sa participation au programme d’interrogatoires de la CIA pendant le processus de confirmation » et s’engager « sans réserve » à respecter les nouvelles lois qui interdisent désormais l’usage de la torture dans les centres de détention américains. On se rappellera au passage que John McCain garde de très lourdes séquelles physiques consécutives à son engagement dans la guerre du Vietnam. Conséquences dramatiques et douloureuses de multiples fractures mal soignées, et des tortures multiples qui lui avaient été infligées en prison durant sa période de détention, par ses geôliers Viêt-Cong. Par ailleurs, plusieurs anciens de la CIA dont James Clapper, ancien directeur du renseignement américain, ont apporté leur soutien à Gina Haspel.

En revanche, et comme l’on pouvait aussi s’y attendre, deux sénateurs démocrates ont en revanche fait part de leurs réserves sur cette nomination dans une lettre ouverte au président Donald Trump. «  Son parcours fait qu'elle n'est pas adaptée pour ce poste », ont estimé les sénateurs Martin Heinrich et Ron Wyden. Pour mémoire, Gina Haspel ne compte pas que des amis dans sa propre maison. Elle avait été précédemment nommée en 2013 sous l’ère Obama à la tête du Service national clandestin de la CIA. Mais elle avait été très rapidement remplacée dans la foulée, après quelques semaines à peine dans l’exercice de ses fonctions, en raison de sérieux doutes quant à sa responsabilité dans la mise en place après le 11 septembre 2001 de prisons secrètes à l’étranger, où des méthodes d’interrogatoires assimilées à de la torture avaient été quotidiennement employées pour interroger les suspects emprisonnés.

Détention secrète et révélations des pratiques

Barack Obama n’avait va juger bon de déclassifier le rapport de 6700 pages du Sénat américain sur l'utilisation des techniques de torture par les agents CIA, mais en avait toutefois préservé une copie conservée dans sa bibliothèque présidentielle, selon une lettre de la Maison Blanche rendue publique en décembre 2016. Stipulant que le document resterait secret durant au moins 12 ans, et ne serait pas rendue publique avant 2029. Plusieurs copies du rapport avaient été distribuées à des membres clés de la communauté du renseignement. Mais en 2015, quand les républicains ont pris les commandes de cette commission sénatoriale, son nouveau président Richard Burr a cherché à récupérer tous les exemplaires distribués. Et beaucoup s'inquiétaient en coulisses des intentions réelles du nouveau président élu Donald Trump en la matière, craignant que toutes les copies de cet embarrassant document secret de 2014 ne soient détruites par la nouvelle administration conservatrice, juste après sa prise de fonctions le 20 janvier 2017.

En définitive, seul un « résumé » de 528 pages expurgées avait été rendu public en décembre 2014. Les lecteurs intéressés pourront avantageusement en prendre connaissance, à travers la lecture attentive de l’épais ouvrage de 582 pages « La CIA et la Torture ». Celui-ci relate par le menu, et dans son intégralité, le contenu rendu public du rapport de la Commission sénatoriale américaine sur les méthodes de détention et d'interrogatoire de la CIA. Une somme publiée en 2015 aux éditons « Les Arènes », sous l’égide de John R. MacArthur, directeur emblématique de la revue Harper's à New York, Scott Horton, avocat, journaliste et spécialiste des droits de l'homme, la sénatrice démocrate, Dianne Feinstein, l’ancienne présidente de la commission sénatoriale pour le renseignement. Rappelons pour mémoire que bien que formellement interdites en application des conventions de Genève, il avait été laissé au Président des Etats-Unis le soin de préciser les méthodes d'interrogatoires qui pourraient être employées hors du territoire américain, dans le cadre de « la guerre contre le terrorisme ». Mais George W. Bush s’empressa de signer le 17 octobre 2006, une promulgation très controversées – le « Military Commission Act » – mais qui fut pourtant votée par le Congrès américain au mois de septembre de la même année. Celle-ci autorisant très explicitement le recours aux méthodes « dures » d'interrogatoire, à l’encontre des suspects de terrorisme, autorisant leur détention dans des prisons secrètes à l'étranger et leur jugement par des tribunaux militaires d’exception. Et ceci, afin de protéger notamment le programme d'interrogatoires de la CIA, ainsi que tous les agents impliqués qui les menaient. Depuis, les « black sites » ont été fermés et l’utilisation de la torture a été interdite en 2009.

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Beredan
- 14/03/2018 - 17:20
Une sacrée chipie ...
Cf sa photo ...
patafanari
- 14/03/2018 - 12:01
La femme est l'avenir de l'homme (torturé)
Déjà,en maternelle, c’était une petite rapporteuse et elle pinçait ses camarades. Une surdouées!!!