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Comment la télé et le web fabriquent des comiques à la chaîne

Publié le 13 avril 2012
Ce vendredi, le télé-crochet quotidien de Laurent Ruquier « On n’demande qu’à en rire » a l'honneur d'un prime-time. Peut-être en raison d’une conjoncture pas franchement drôle, les Français n’ont jamais été autant consommateurs d’humour. Les comiques sont partout : à la télévision, sur internet, au théâtre, au cinéma... De quoi créer des vocations.
Paul-Antoine Solier
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Paul-Antoine Solier est responsable du développement d’une société de production de télévision. Il est diplômé de l’EM LYON et titulaire d’une maîtrise de Droit Public à l'Université Paris II.Pour le suivre sur Twitter, c'est ici.
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Ce vendredi, le télé-crochet quotidien de Laurent Ruquier « On n’demande qu’à en rire » a l'honneur d'un prime-time. Peut-être en raison d’une conjoncture pas franchement drôle, les Français n’ont jamais été autant consommateurs d’humour. Les comiques sont partout : à la télévision, sur internet, au théâtre, au cinéma... De quoi créer des vocations.

Depuis l’arrêt de « La Classe » en 1994 sur France 3, des « Coups d’humour » sur TF1 en 2004, puis de « Graines de Star » la même année sur M6, il n’existait plus réellement d’émissions « tremplin » à la télévision dans le domaine de l’humour. Après deux tentatives infructueuses en 2007 avec « 60 secondes pour rire » sur France 2 et « Made In Palmade » sur France 3, le genre semblait condamné. Seule une poignée d’élus pouvait profiter de chroniques humoristiques dans les talk show à succès pour se faire connaître.

C’est Laurent Ruquier qui a relancé la machine à découvrir des talents avec « On n’demande qu’à en rire » en 2010. Après des débuts timides, l’émission s’installe et devient aujourd’hui une valeur sûre de France 2 en access (case horaire de 18h) et même en prime-time. L’émission est plus mécanisée et reprend les codes du télé-crochet avec la présence d’un jury. Les meilleurs talents reviennent une semaine sur l’autre, c’est un cercle vertueux : plus ils sont bons, plus ils reviennent, plus ils sont connus, plus ils attirent les téléspectateurs.

A chacun son « écurie TV » 

Tout jeune talent qui veut réussir sur scène doit se faire connaître à la télévision et chaque chaîne se doit d’avoir son « écurie de jeunes talents ». France 2 peut compter, on l’a dit, sur l’ « écurie Ruquier ». Les poulains les plus connus s’appellent Olivier de Benoist, Jérémy Ferrari, Arnaud Tsamere, Constance (qui vient de quitter le nid). Depuis 2006, le « Jamel Comedy Club » est la rampe de lancement des rois du stand up tels que Fabrice Eboué, Thomas N’Gijol, Amelle Chahbi, Noom Diawara … Historiquement proche de Canal+, l’ « écurie Debbouze » semble à la recherche de nouveaux débouchés TV pour ses jeunes talents et prépare actuellement un projet pour M6.

Sur TF1, c’est Arthur qui joue les pygmalions dans sa très audacieuse et réussie émission « Vendredi tout est permis » pour les nostalgiques de « Les Nuls l’émission ». Canal + perpétue un long savoir-faire en matière de repérages. « Bref », la short comedy phénomène diffusée dans « Le Grand Journal » offre une exposition à ses chouchous. A côté de Kyan Khojandi, le créateur, les seconds rôles sont les nouvelles stars de la scène comique, Bérangère Krief, Baptiste Lecaplain… Enfin, dans un registre moins cathodique, Pierre Palmade joue lui aussi les mentors, en créant son « Atelier » qui forme les stars du théâtre comique parisien que tous les metteurs en scène s’arrachent.

Les carrières s’accélèrent

Il y a dix ans, il fallait au moins dix ans pour percer dans le domaine de l’humour. Anne Roumanoff, désormais super star en est la parfaite incarnation. Aujourd’hui, toute une nouvelle génération a émergé en à peine deux ans. Par ailleurs, la frontière entre la scène et le cinéma s’estompe. Les carrières au cinéma de Jean Dujardin, de Gad Elmaleh, de Jamel Debbouze, de Kad Merad, de Florence Foresti ont créé des vocations. Dans les années 2000, tout le monde voulait devenir chanteur, aujourd’hui, tout le monde veut devenir comique, en espérant faire du cinéma par la suite.

Pour lancer sa carrière de comédien, un bon « One man Show » vaut toutes les bandes démos du monde. Là encore, la télévision joue un rôle important. Les fictions courtes françaises telles que « Un gars une fille », « Caméra Café », « Scènes de Ménages », « Soda » continuent de cartonner et on toujours recruté dans les salles de spectacle. De même, la cellule repérages de Canal+ ne laisse passer aucun jeune talent sur scène pour alimenter ses fictions d’humour : « Bref », « Platane », « Kaboul Kitchen ». Attendez-vous à voir tous ces visages bientôt au cinéma.

Les rebelles du web se professionnalisent 

Une nouvelle forme d’écriture de sketch est apparue il y a trois ans sur le net. Norman, Cyprien, « Hugo tout seul », Kemar, sont les chefs de file du « Velcrou », une troupe d’humoristes d’un nouveau genre. Amis de lycée, c’est un peu le « Splendid 2.0 ». Ils postent sur internet des petites séquences vidéo amateurs dans lesquelles ils tournent en dérision les détails du quotidien. « Norman fait des vidéos » est devenu un véritable phénomène, plusieurs vidéos dépassant le million de visionnages. Des sketchs comme « Les bilingues » ont déjà rejoint le panthéon des sketchs cultes comme peuvent l’être « Le scrabble » de Pierre Palmade, « Tonyglandil » des Nuls, « Les Chasseurs » des Inconnus…

Ce succès n’a bien sûr pas échappé aux producteurs. Norman Thavaud croule sous les propositions. D’abord sur Orange Cinéma, il est aujourd’hui l’égérie de la marque Crunch. On ne peut évidemment pas lui en vouloir mais il doit réussir cette mutation professionnelle sans froisser son premier public d’internautes qui l’a fait roi.

De belles carrières en perspective, un parcours bien fléché, si votre enfant abandonne ses études pour commencer une carrière d’humoriste, vous avez maintenant toutes les raisons de le prendre avec le sourire !

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (6)
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dolp
- 14/04/2012 - 04:18
comment oser
ne pas parler du palmashow dans un tel article ... (rien à voir en termes de vues)
maxx_paris
- 13/04/2012 - 12:44
on en revient toujours au meme problème: les réseaux sinon rien
j'ajouterai qu'il y a aussi l'écurie de Gilbert Rozon (juste pour rire), mais peut importe, que ce soit pour être comédien, comique, pour avoir du business, des contrats, juste survivre ou faire survivre son entreprise il faut désormais avoir une appartenance de réseau en France sinon on meurt ! La compétence, l'honnêteté, le travail, le courage sont des valeurs du passé. On va le payer cher.
Simchu
- 13/04/2012 - 11:57
Pensez aux scenaristes
Je pense qu'il ne faut pas oublier les scénaristes qui encadrent de plus en plus les comiques/chroniqueurs (nicolas canteloup, Burger Quizz...). Ils sont de plus en plus important et font des comiques de simples interprètes. Ce paramètre renforce encore le niveau d'encadrement qui existe maintenant autour des artistes qui sont de plus en plus orientés, calibrés et marketés. Mentor + Manager + Scénariste + Partenariat avec chaîne de télé ou Marque finissent par affaiblir la marge de manœuvre des artistes qui en deviennent faciles à catégoriser et plus lisses.