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Danger ?

La grippe australienne tue au Royaume-Uni : faut-il avoir peur qu’elle débarque en France ?

Publié le 10 janvier 2018
​La Grippe australienne (H3N2) ​a frappé son pays d'origine sévèrement en 2017, et le nombre de cas décelés au Royaume Uni est en augmentation.
Stéphane Gayet
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Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier. 
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​La Grippe australienne (H3N2) ​a frappé son pays d'origine sévèrement en 2017, et le nombre de cas décelés au Royaume Uni est en augmentation.

​La Grippe australienne (H3N2) ​a frappé son pays d'origine sévèrement en 2017, et le nombre de cas décelés au Royaume Uni est en augmentation, un virus qui pourrait être la source d'une nouvelle épidémie de grippe en France en ce début 2018. Quel est le risque d'une épidémie dans le pays ? Quelles sont les particularités de cette grippe australienne ? 

Les virus sont des microorganismes extrêmement simples et petits. Ils sont constitués d’une information génétique qui se trouve sous la forme d’un acide nucléique (soit de l’ARN, soit de l’ADN), de quelques enzymes et d’une protection ou capside. Les virus de nombreuses familles virales sont entourés d’une enveloppe qui est le plus souvent fragile et pourtant indispensable à leur pouvoir infectieux (à la différence des familles de virus nus, c’est-à-dire sans enveloppe).

Les virus sont des microorganismes essentiellement passifs, qui n’ont pas de métabolisme. Quand on dit que les virus infectent des cellules vivantes, ce sont plutôt des cellules vivantes qui s’infectent avec des virus en les absorbant, les décapsidant puis les répliquant grâce au code contenu dans leur acide nucléique. Les différents virus ont en général une spécificité d’espèce, qui peut être stricte ou bien relative : le virus de la rougeole a une spécificité d’espèce stricte pour l’homme ; il ne peut donc pas infecter un animal. Le virus de la rage a quant à lui une spécificité d’espèce relative pour le renard ; il peut infecter accidentellement le chien et très accidentellement l’homme.

Le virus de la grippe a un diamètre de l’ordre d’un dix millième de millimètre (100 nanomètres). Il en existe trois types désignés par les lettres A, B et C. Les virus grippaux B et C ont une spécificité d’espèce stricte pour l’homme. Le virus grippal C ne donne pas de forme grave. Il est utile de préciser, à propos de la gravité, que l’expression commune « être grippé » désigne un état infectieux sans gravité, lié en général à un virus para-grippal, c’est-à-dire différent du virus grippal et non ciblé par la vaccination. C’est notamment l’utilisation abusive de cette expression qui conduit certaines personnes à penser à tort que la vaccination grippale est inefficace.

Le virus grippal A est le plus dangereux. En plus de l’homme, il peut infecter des mammifères (terrestres et marins) et des oiseaux (terrestres et aquatiques). En fait, il faut bien comprendre qu’il existe des virus grippaux A humains (souches dites humaines), des virus grippaux A porcins (souches dites porcines), des virus grippaux A équins (souches dites équines) et surtout des virus grippaux A aviaires (souches dites aviaires), responsables de la grippe aviaire épidémique et dont le réservoir est constitué des oiseaux aquatiques. Lorsque la grippe aviaire est particulièrement grave et épidémique, on parle de « peste aviaire ».

Les différentes souches de virus grippaux animaux n’infectent pas l’homme ou rarement et sans donner d’épidémie. Parmi les virus grippaux A, B et C, le virus grippal A est le seul qui puisse donner des pandémies, c’est-à-dire des épidémies continentales ou mondiales, meurtrières. Le porc joue un rôle clef dans l’incubation des pandémies : en effet, il a la particularité de pouvoir s’infecter à la fois avec des virus A porcins, des virus A humains et des virus A aviaires et – en cas de double infection ou co-infection - deux virus différents peuvent être combinés à l’intérieur de son corps pour produire un virus A (porcin, humain ou bien aviaire) entièrement nouveau et de ce fait redoutable, car immunologiquement inconnu du système immunitaire des populations dites « naïves » vis-à-vis de ce nouveau virus.

Si le virus de la grippe a cette faculté de se modifier, c’est lié au fait que son génome (son acide nucléique, en l’occurrence de l’ARN) est relativement peu stable, en comparaison avec celui des autres virus. Les virus grippaux portent sur leur enveloppe (externe) des protéines de surface qui jouent le rôle d’antigènes, donc qui sont interprétées et traitées par les cellules immunitaires de défense. Les antigènes H et N sont particulièrement déterminants et leurs variations sont à l’origine des différentes souches de virus. Leurs variants sont désignés par des chiffres : H1, H2, H3… et N1, N2, N3… Mais ces antigènes H et N ne définissent pas à eux seuls une souche virale : il existe plusieurs souches différentes H1N1, plusieurs souches différentes H2N2…

Actuellement, en France, la très grande majorité des cas de grippe est due à la souche virale A « Michigan » H1N1 qui est la même que celle qui est dans le vaccin (voir question 2). Donc, les personnes vaccinées sont assez bien protégées. Mais les souches virales A qui ont circulé en Australie sont au nombre de trois : cette souche virale A « Michigan » H1N1, la souche virale A « Hong Kong » H3N2 contenue elle aussi dans le vaccin, et aussi une troisième souche : une souche A « australienne » H3N2 qui résulte de la mutation de la souche A « Hong Kong » H3N2. C’est cette troisième souche qui a fait des ravages en Australie, car elle n’était pas ciblée par le vaccin (ce dernier est le même en Australie et en France). Cette grippe « australienne » est véritablement sévère. Mais cette souche arrivera-t-elle en France pour donner un second pic épidémique à virus A « australien » H3N2 après le premier pic épidémique à virus A « Michigan » H1N1 ? On peut légitimement le redouter et il faut répéter que les personnes vaccinées ne seront pas protégées contre cette souche. Néanmoins, la succession, au cours d’une même période froide et dans un même pays, de deux pics épidémiques, le premier à une souche A H1N1 et le second à une souche A H3N2, est inhabituelle.

Les vaccins anti-grippe sont-ils efficaces contre le H3N2 ? Quels sont les conseils à donner pour les personnes touchées, notamment pour les personnes âgées et les enfants ? 

Les grandes pandémies meurtrières et historiques ont donc toujours été dues à des nouveaux virus grippaux A. La souche virale A responsable d’une pandémie est en général appelée en fonction du pays ou du continent où l’on considère qu’elle a pris naissance. Ce sont souvent des millions de morts à chaque grande pandémie, comme lors de la tristement célèbre grippe « espagnole » en 1918 (virus A H1N1), la grippe « asiatique » en 1957 (virus A H2N2), la grippe « de Hong Kong » en 1968 (virus A H3N2) ou encore la grippe « mexicaine » en 2009 (virus A H1N1).

La grippe est une maladie de la période froide de l’année (novembre à avril en France). Etant donné ce que nous avons vu, le vaccin antigrippal est compliqué à mettre au point. Il faut le modifier chaque année, puisque les virus grippaux changent fréquemment. Au cours d’une épidémie de grippe dans un pays donné, comme la France, plusieurs types de virus (A, B et C) circulent et parmi ceux-ci plusieurs souches différentes. Pour cette raison, il y a plusieurs virus (inactivés) dans un vaccin grippal. Jusqu’en 2015, les vaccins grippaux (trivalents) contenaient trois virus (inactivés) : deux virus A et un virus B. Le virus C étant nettement moins pathogène, il n’est pas ciblé par la vaccination. En 2015 est apparu sur le marché le premier vaccin grippal tétravalent (deux virus A et deux virus B). Il est bien sûr plus cher et doit être réservé à des situations où le risque est particulier. Il faut des mois pour préparer un vaccin grippal. Chaque année, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) donne des instructions aux laboratoires pharmaceutiques sur les souches virales (inactivées) devant entrer dans la composition du vaccin de l’année. Elle tient compte pour cela des souches épidémiques ayant sévi sur le même continent l’année précédente ainsi que sur d’autres continents la même année (étant donné que les souches virales passent d’un continent à l’autre au rythme des saisons). Mais l’OMS peut se tromper dans son appréciation. De plus, entre le moment de la sélection des souches à inclure dans le vaccin de l’année et le début de l’épidémie de grippe, les virus peuvent encore se modifier (cela s’est déjà produit dans le passé), d’où un vaccin moins efficace.

Cette année, le vaccin grippal trivalent 2017-2018 se compose des souches suivantes : une souche A « Michigan » H1N1, une souche A « Hong Kong » H3N2 et une souche B « Brisbane ». Cette version 2017-2018 du vaccin grippal trivalent est très proche de la version 2016-2017, le changement ayant porté sur le remplacement d’une souche A « California » H1N1 par une souche A « Michigan » H1N1.

Comme nous l’avons dit plus haut, le vaccin 2017-2018 protège bien contre la souche virale A « Michigan » H1N1 qui est largement majoritaire en France dans le pic épidémique actuel. Il protège également bien contre la souche virale A « Hong Kong » H3N2 qui circule très peu en France à ce jour. Mais il ne protège pas contre la souche virale A « australienne » H3N2 qui résulte d’une mutation de la précédente.

Il est essentiel, cette année comme les autres, de vacciner (c’est encore possible) les personnes fragiles. Il s’agit, d’une part, des personnes âgées de 65 ans et plus, d’autre part, des individus, y compris les enfants à partir de l’âge de 6 mois et les femmes enceintes, atteints d’une maladie chronique assez invalidante, dont voici une liste très résumée : affection broncho-pulmonaire évoluée, insuffisance cardiaque grave, maladie rénale sévère, atteinte neurologique lourde, drépanocytose, diabète de type 1 ou de type 2, déficit immunitaire primitif ou acquis. Sont également concernées les personnes séjournant dans un établissement de soins de suite ainsi que dans un établissement médico-social d’hébergement, et cela, quel que soit leur âge. Ce vaccin s’adresse aussi à l’entourage familial des nourrissons de moins de 6 mois prématurés, atteints de broncho-dysplasie, de cardiopathie congénitale ou de déficit immunitaire congénital.

En milieu professionnel, cette vaccination est également recommandée aux personnes qui sont susceptibles de disséminer le virus : les professionnels de santé et plus particulièrement tout professionnel en contact régulier et prolongé avec des personnes à risque de grippe sévère, personnes âgées et autres.

Il convient donc d’insister sur le fait que, en dépit des rumeurs et autres idées reçues qui circulent autant, voire plus que les virus, la vaccination antigrippale reste bien tolérée et de bonne efficacité : elle ne rend certainement pas plus malade que la grippe qui, à l’opposé, tue chaque année un très grand nombre de personnes diminuées et fragiles, en tout premier lieu des personnes âgées mais aussi des enfants fragiles.

Les premiers signes et symptômes de la grippe sont une sensation subite d’affaiblissement général. On a mal à la gorge, on ressent des douleurs musculaires et des courbatures diffuses. Le mal de tête est lui aussi presque constant au cours de la grippe. Puis des frissons apparaissent et l’on se met à tousser. La toux est intense, sèche, pénible et bien sûr contagieuse pour les autres. En général, s’il s’agit d’une grippe authentique, les frissons alternent avec des sueurs abondantes. La fièvre est également constante, supérieure à 38°5 C le plus souvent. La fatigue intense et durable est un signe qui ne manque pas dans une infection bien marquée due au virus grippal.

Il est fréquent que le tout premier signe soit un mal de gorge associé à une sensation de malaise général, de faiblesse subite, rapidement suivis de frissons et de mal de tête. Dès que la toux survient, elle évoque nettement la grippe, mais il est déjà tard pour réagir. Il importe donc de prendre en compte les tous premiers signes (fatigue brutale, malaise, affaiblissement, mal de gorge, mal de tête et frissons). Lorsque l’on a des signes pouvant faire évoquer la grippe, il est capital de rester au repos et au chaud et de bien s’hydrater (eau et sels minéraux). La vitamine C est un complément utile. Les personnes fragiles doivent être surveillées étroitement et une hospitalisation peut se révéler nécessaire.

Il est tout aussi essentiel de protéger les autres quand on a des signes pouvant évoquer une grippe débutante, et de se protéger de façon systématique pendant la période grippale vis-à-vis des virus des autres (rester à distance d’une personne qui tousse ou paraît enrhumée et se laver ou se désinfecter les mains avant de les porter à sa bouche ou de toucher quelque chose qui va aller à sa bouche).

Quelles sont les conditions qui feront que cette épidémie sera importante, ou non ? 

En fonction de ce que nous avons vu, l’évolution de la grippe en France en 2017-2018 va dépendre de l’arrivée ou non de la souche A « australienne » mutante H3N2. L’observance des mesures de prévention telles qu’elles sont diffusées dans les messages radiophoniques et télévisuels du ministère chargé de la santé et de Santé publique France sera également déterminante. Les conditions climatiques ont aussi leur rôle à jouer : lorsque l’air est très sec, les aérosols de particules virales circulent beaucoup plus facilement et longtemps que lorsqu’il est humide. Mais le virus grippal est un virus qui nous réserve toujours des surprises. Il est peu prévisible et l’on peut s’attendre à bien des scenarios possibles. Une chose est certaine, c’est que l’épidémie a commencé cette année plus tôt que l’année passée et qu’il y a d’ores et déjà beaucoup de cas sévères, particulièrement chez des personnes non protégées par la vaccination (la leur ou celle de leur entourage).

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Commentaires (2)
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gerint
- 12/01/2018 - 18:18
@moneo
Si le personnel soignant dont les médecins est si peu vacciné et ne souffre pas plus de la grippe que le reste de la population alors que ce personnel côtoie des malades sans cesse, dont pas mal de vaccinés malades d'ailleurs, c'est que d'une part le vaccin est peu efficace dans l'ensemble et ne change pas beaucoup le risque d'attraper la maladie, que la grippe reste fondamentalement dans ses formes habituelles (celles visées par les vaccins) une maladie bénigne, que le vaccin entraîne chez certains des réactions vives (archi sous-déclarées ou niées), que les formes gravissimes ne sont pas couvertes hélas par les vaccins (et sont heureusement rares). Dans ces conditions il est normal que chacun se détermine selon son choix car contrairement à d'autres maladies il n'y a pas de quoi être convaincu. De plus, même si on commence à en discuter, il faut se vacciner tous les ans, et aucune évaluation sérieuse à ma connaissance n'est disponible.
moneo
- 11/01/2018 - 17:13
ce qui est étonnant
c'est que le personnel soignant des hôpitaux et cliniques n'a aucune obligation de se faire vacciner et que la MAJORITE refuse de l'être.

combien de malades forcément amoindris en meurt.?
sujet TABOU numéro 1 français les morts par ordonnances ,mauvaises pratiques et inconscience ou je m'enfouisse du personnel
A quand une enquête publique pour savoir quel pourcentage du personnel aide soignant et soignant +médecins sont vaccinés?