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Voilà comment le “corps masculin idéal” a évolué au cours de ces 150 dernières années

Publié le 01 juillet 2017
L'idéal du corps masculin a beaucoup changé en 150 ans. Diverses périodes se sont succédées avec une signification bien précise. Dans les années 1930, être bien portant et enrobé était signe de bonne santé et de richesse par exemple.
Michelle Boiron
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Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles notamment...
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L'idéal du corps masculin a beaucoup changé en 150 ans. Diverses périodes se sont succédées avec une signification bien précise. Dans les années 1930, être bien portant et enrobé était signe de bonne santé et de richesse par exemple.

Atlantico : Nicolay Lamm, un artiste, a récupéré des photos d'hommes de toutes époques depuis les années 1870 jusqu'à 1990. Au début du 20ème siècle, être bien en chair était synonyme de richesse et de bonne santé. Dans les années 60, les hommes ont abandonné tout travail physique et se sont laissé pousser les cheveux en signe de protestation contre la bureaucratie. Dans les années 1980, l'homme idéal était "body-buildé". Comment expliquer que chaque période aie vue un idéal bien distinctif se développer ?

Michèle Boiron : Chaque société crée son idéal tant masculin que féminin en fonction de l’évolution de ses mœurs et de ses valeurs.

Il faut relier ces différentes périodes à la société de l’époque. Du début du XXème siècle jusqu’à la Seconde guère mondiale, la société était très patriarcale. Les femmes n’avaient pas de véritable rôle, elles ne travaillaient pas et étaient confinées dans des tâches ménagères. Tout est centré autour de l’homme qui avait le pouvoir et l’autorité et était en même temps dépositaire de la richesse.

Notons qu’il y a eu toute une époque où le physique de l’homme n’était pas important : c’est le social qui comptait. Déjà Stephan Zweig notait qu'au tournant du XXème siècle, l’homme qui avait de l’importance avait un rôle éminent et un peu de ventre.

Avec les années 60 arrivent  le choc des cultures avec le raz le bol de la société de consommations qui envahit tout l’espace. A ce modèle consumériste, la réaction ne tarde pas à se faire ressentir et les jeunes adoptent des codes d'amours libres et valorisent l’accès aux drogues qui sont aux antipodes du modèle consumériste.

Arrivent les années 80, où apparait le culte du corps, où est prônée une vie plus saine et où le modèle est orientée vers la santé par réaction au mouvement hippie où le physique était mis complètement de côté au profit de la vie en commun, de la cool attitude, du partage…

Une mode virile apparait avec le développement des salles de gym. Cette culture nous vient de la côte ouest des Etats-Unis : le fameux modèle californien est adopté en Europe.

Notons que le culte du corps est lié à la montée de l’individualisme.

Comment ce sont traduites  ces évolutions sur les jeunes et la société ?

Un signe de cette l’évolution peut être trouvé dans l’idéal masculin tel qu’il se manifeste dans les films.

Dans les années 50, les hommes sont très distingués dans une séduction retenue vis-à-vis des femmes. Puis de Gary Grant à Depardieu dans les Valseuses on mesure l’évolution de l’idéal masculin ! Un peu plus tard : « Où sont passés nos James Bond » ? Nos héros dans les séries télévisées ne dégainent plus leur révolver : ils placent leur virilité dans une barbe de 3 jours et un comportement plutôt fuyant face aux femmes, comme un évitement à se confronter à leurs exigences, notamment sexuelles, et différent le face à face.

Philippe Sollers conseille aux hommes : « Voulez-vous, vous mâles, être pris au sérieux, faire le poids, être admiré, avoir une influence réelle : abstinence… j’ai dit abstinence, pas incapacité bien sûr… ».

Aujourd’hui, l’idéal masculin est éclaté. Les représentations masculines sont variées. Prenons l’exemple du tatouage (contrairement à la barbe) dont les stigmates le rapprochent de la femme.

On mesure ces transformations aussi dans le monde professionnel. Un temps, on disait qu’une profession qui se féminisait allait être très vite dévalorisée. Aujourd’hui des professions dites viriles comme Commandant de bord sont exercées aussi  par des femmes.

On le mesure dans les codes vestimentaires : les vêtements unisexes sont pléthores. L’androgynie est de mise et la différence des silhouettes tend à s’estomper.  Les coiffures sont aussi un indicateur précieux pour voir l’évolution. Les cheveux sont redevenus courts voire rasés. Très bien pour ceux qui souffrent de calvitie !

La barbe de 3 jours est devenue en peu de temps le must, comment expliquer ce phénomène si ce n’est qu’il  semble remplacer les poils, qu’on ne supporte plus chez l’homme  y compris parfois dans la zone du pubis. Ces mêmes poils étaient encore il y a peu de temps un atout viril de l’homme.

On le mesure dans les codes, dans les comportements de la rue et les civilités, les attitudes aux restaurants. Les femmes boivent comme les hommes : elles se servent seules le vin. Impensable il y a quelques années, sauf à être très penchée sur la bouteille…

On le mesure aussi dans la sexualité, bien sûr, avec l’arrivée et l’accès massif d’internet sur la consommation de vidéos pornographiques qui tend à prendre de l’importance aussi chez la femme.

On le mesure dans la vie de couple où la tendance à l’uniformisation des sexes et des rôles tend à créer des couples fraternels où la symétrie domine. Alors que le mode complémentaire était jusqu’alors un mode qui fonctionnait dans la conjugalité. Le couple tend à s’organiser autour d’un mode fonctionnel où l’attribution des rôles n’est plus nette.

Comment se caractérise l'idéal masculin de 2010-2015 ? En quoi se différencie-t-il de ses ancêtres ? ​

L’idéal n’est plus caractérisé en termes de masculin ou de féminin. La parité homme-femme tant recherchée nous a conduit vers une uniformisation des 2 sexes jusqu’à une indifférenciation. Cela rejoint l’idée selon laquelle on ne naît pas homme ou femme mais on le devient, idée défendue par les tenants de la théorie du genre.

Aujourd’hui on veut l’homme sensible et attentionné, protecteur et à l’écoute ! La virilité est passée aux oubliettes en emportant dans son passage le côté Bling Bling et macho.

Ce qui est troublant, c’est la disparition des différences. L’égalité homme-femme tant attendue par les féministes se profile, mais pas là où on l’attendait : hommes et femmes se rejoignent mais pas dans la complémentarité mais chacun œuvre en solo pour arriver à ses objectifs. C’est troublant dans la sexualité où l’autre n’existe plus; il devient au mieux comptable des performances, au pire des échecs.

Hommes et femmes se mentent. Il fut un temps où quand l’homme demandait : « alors heureuse », la réponse était positive ! Aujourd’hui la femme et c’est une évolution ne ment plus elle réclame son droit au plaisir. Alors que l’homme, pris dans le piège de la performance, mise parfois pour palier à une éventuelle défaillance, sur une prise de substance. L’homme rejoint ainsi la femme sur le mensonge de leur sexualité. « Le plus fragile des deux, ce n’est pas elle », dit Pierre Costa.

C’est bien l’apparition de ces nouveaux rôles qui bouscule nos comportements.  On ne modifie pas impunément 2000 ans d’histoire de l’humanité sans passer par une période de troubles.

Il me parait important de dire que la femme dans l’évolution actuelle de son désir ne doit pas oublier non plus qu’elle le puise dans le désir de l’homme. Cela implique de le susciter ! 

Si l’idéal disparaît de la réalité de la vie, cela risque d’accentuer l’idéal virtuel dans lequel nous sommes déjà que trop impliqués ! 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (7)
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Losterkismar
- 03/07/2017 - 06:19
Un(e) relecteur(trice) pour Atlantico ?
"Diverses périodes se sont succédées"
"pour palier à..."
ça pique les yeux !
adroitetoutemaintenant
- 02/07/2017 - 19:54
Paris n’est pas la France, la France n’est pas le Monde
Décrire les changements en étant axé sur la population élitiste efféminée parisienne est probablement correcte mais seulement pour cette population. La population « périphérique » est totalement différente en dehors des quelques autres centres de tarlouzes. Si la population élitiste des grandes villes occidentales est comparable, de nouveau cela n’a rien à voir avec les populations périphériques. Au niveau des femmes je remarque que leurs désirs n’ont pas variés en dehors des milieux élitistes très peu représentatifs. Les envies et désirs des infirmières, des hôtesses de l’air ou des femmes musulmanes brimées sont toujours bien présent. De la même façon que les pathologies médicales parisiennes ne sont pas celles des autres pays du monde. L’honnêteté et la rigueur intellectuelle demandent qu’on précise de quelle population il s’agit.
bebert4
- 02/07/2017 - 12:31
Destin funeste
Je suis né trop tard...