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© PATRICK KOVARIK / AFP
Colonisation

Emmanuel Macron, l’apprenti sorcier de la politique

Publié le 17 février 2017
En tant que Président de la République, François Mitterrand avait toujours refusé de reconnaître la moindre responsabilité de l’Etat français dans les affres de la collaboration ; plus tard Jacques Chirac était allé jusqu’à reconnaître une faute. Emmanuel Macron lui, fait toujours tout mieux que tout le monde.
Stéphane Jenck
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Diplômé de l’Ecole des Hautes Etudes Politiques & Sociales et de Sup de Co Lille, Stéphane Jenck est aujourd'hui directeur associé de OasYs consultants, un cabinet de conseil en Ressources Humaines. Stéphane Jenck est spécialisé dans le secteur...
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En tant que Président de la République, François Mitterrand avait toujours refusé de reconnaître la moindre responsabilité de l’Etat français dans les affres de la collaboration ; plus tard Jacques Chirac était allé jusqu’à reconnaître une faute. Emmanuel Macron lui, fait toujours tout mieux que tout le monde.

Ainsi, dans le cadre d’un déplacement en Algérie, il a trouvé habile, en pleine campagne présidentielle, de dénoncer les actes de barbarie perpétrés par la France durant la période coloniale, allant même jusqu’à qualifier la colonisation française de crime contre l’humanité. Quelle modernité !

Les mots ont un sens, cet énarque, normalien de surcroît, n’a pas choisi ces termes par hasard. Est-il besoin de rappeler le caractère très particulier de la colonisation de l’Algérie par la France ? Plutôt que de revenir sur l’histoire elle-même, que chacun pourra se procurer assez facilement (y compris Emmanuel Macron), il me paraît intéressant d’aborder le sujet différemment ; renversons pour une fois la perspective et interrogeons-nous sur les enseignements que nous pourrions tirer de cette Algérie française, nous français d’aujourd’hui, dans toute notre diversité. Certaines villes d’Algérie étaient composées de nombreuses communautés d’origines et de religions différentes. S’il est vrai que chaque communauté avait son propre quartier dans les grandes villes, les populations étaient plus mélangées dans les villages. Pourtant, dans un cas comme dans l’autre, les communautés se côtoyaient plus sereinement et l’équilibre du « vivre-ensemble » n’avait pas besoin du battage médiatique d’aujourd’hui. A cet égard, Oran était tout à fait symptomatique de ce babel communautaire, à tel point qu’il a fallu les tueries du 5 juillet 1962 pour forcer les non-musulmans à quitter le pays.

Par ailleurs, dans l’Algérie de l’époque, la méritocratie était forte et le rôle de l’école reconnu et respecté. Au-delà des « pépites » sorties du système scolaire tel qu’Albert Camus, il faut rappeler l’étonnement des enseignants de métropole face à l’excellent niveau des enfants de rapatriés qui ont intégrés les écoles après l’indépendance.

Rappelons également la capacité de la France à mettre en valeur non seulement les richesses naturelles mais la beauté du pays lui-même. Une visite dans l’Algérie d’aujourd’hui vous permettra de juger, à la ville comme à la campagne, du délaissement dont le pays fait l’objet et des effets dévastateurs des politiques industrielles suicidaires menées avec les soviétiques après l’indépendance. Il faut lire à cet égard ce grand écrivain qu’est Boualem Samsal.

Il est vrai que cette histoire, comme toute conquête, est également jalonnée de violences et de conflits. La notion de génocide tient cependant davantage de la complaisance aveugle auprès du pouvoir algérien que de la réalité historique, dans un pays qui a vu sa démographie exploser durant la présence française du fait de l’assainissement des territoires et des apports de la médecine.

De retour en France, Emmanuel Macron se défend, reçoit dans son local de campagne, répond à la presse de droite qu’il a été mal compris, qu’il ne voulait pas assimiler la colonisation à la Shoah. Son objectif était de dépasser les clivages mémoriels en « disant la vérité ». Or cette matière historique est la plus explosive qui soit dans le contexte actuel, des deux côtés de la Méditerranée. L’Algérie du FLN, tout le monde le sait bien, est parfaite. C’est d’ailleurs pour cette raison que nombre d’Algériens émigrent depuis 40 ans vers ce pays qui a commis tant d’exactions à leur encontre. Ce type de prise de position est ainsi autant une injure pour la France que pour l’Algérie. Plutôt que d’accabler son propre pays, Emmanuel Macron aurait dû délivrer des messages d’espoirs pour la jeunesse algérienne, afin qu’elle prenne conscience de ses atouts dans le concert économique mondial, sous réserve qu’elle s’affranchisse de ses verrous culturels et du récit national victimaire asséné par le parti unique au pouvoir depuis le départ des Français.

Au lieu de dépasser les clivages identitaires et mémoriels, Emmanuel Macron les renforce en sombrant dans une démagogie que l’on pourrait qualifier de populiste si ce mot n’était pas réservé au personnel de droite. Il renforce ainsi la haine des enfants de 2ème et 3ème générations en justifiant leur violence et victimisation fataliste.

Les commentateurs politiques se plaisent à présenter François Fillon et Emmanuel Macron comme les deux faces d’un même projet libéral. Pour autant, tout les oppose, dans le style comme dans les idées. Alors que François Fillon a fait la différence lors des primaires grâce à un programme politique travaillé, courageux et assumé, Emmanuel Macron maintient l’ambiguïté de son positionnement et enchaîne les positions contradictoires au gré de ses rencontres et de ses déplacements. Être libéral aujourd’hui relève d’une posture courageuse et non d’un attrape-tout incompréhensible, forcément porteur de déceptions, comme le mandat de François Hollande en a été l’illustration.

Nous attendons donc le 2 mars avec impatience pour la sortie du programme d’Emmanuel Macron ; souhaitons qu’il choisisse bien ses mots cette fois. En d’autres temps, Ségolène Royal, autre comète médiatico-politique, encensée par les médias sans programme apparent, avait tenté d’incarner la modernité, jusqu’à semer la confusion chez ses propres militants, utilisant des mots inconnus (bravitude) et des démarches prétendument innovantes car participatives, artifices de communication et gadgets démocratiques desquels les électeurs sont revenus.

Emmanuel Macron, par une stratégie reposant sur le marketing de sa seule personne, ne comprend pas l’attente des Français pour un véritable projet de société, positif et porteur d’avenir, permettant d’inclure chacun quel que soit son parcours et ses origines. Convoquer l’Etat français au tribunal de l’histoire ne fera qu’accentuer les fractures françaises et porter atteinte à l’image du pays à l’étranger.

 

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Commentaires (15)
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essentimo
- 18/02/2017 - 11:32
Pas de leçon
à recevoir sur son amour de la France ? Qu'il aille dire cela à tous les anciens combattants de 19/45, d'Indochine et d'ailleurs. A tous les Français qui ont subi les affres de ces guerres l A-t-il seulement fait du service militaire ? Honte à lui pour chaque mot qu'il prononce.
Bchab
- 18/02/2017 - 11:30
Chaudron percé
Le rêve, où, comme on sait, les modes de pensée de l'inconscient deviennent manifestes, ne connait pas non plus conformément à cela, de "ou bien - ou bien", il connait seulement une juxtaposition (Freud)
vangog
- 17/02/2017 - 23:59
Il avait bien commencé Stéphane Jenck...
en démontant la mécanique hasardeuse du pantin des banques et des multinationales...Mais il finit très mal, en qualifiant Francois Fillon de "libéral"...un drôle de libéralisme, celui qui a amené les dépenses de l'état à 57,5% du PIB, sous Fillon! Fillon reconnaît "Si notre chômage est si élevé, c'est parce que l'on a refusé de réformer notre marché du travail, parce que nous avons une fiscalité du capital qui décourage les investissements, parce que notre système de formation s'est enlisé dans une vision faussement égalitaire qui a abouti à l'exclusion d'un très grand nombre de jeunes. Et c'est sans doute, enfin, parce que nous avons un système de protection sociale qui est allé si loin en termes de couverture des personnes sans activité que le différentiel entre les revenus du travail et ceux de l'assistance est devenu tellement faible qu'il génère des arbitrages en faveur de l'assistance", Mais il ne reconnaît pas sa responsabilité dans ce socialisme outrancier...une forme d'autisme! Il plane, Fillon-Ulysse...