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Rachid Nekkaz, l’homme qui rembourse les amendes des femmes en burkini verbalisées en France "Quand il s'agit de femmes, ils ont la gâchette très facile, mais quand il faut s'occuper de terroristes, personne n'y touche"

Publié le 25 août 2016
Pour Rachid Nekkaz, les femmes en burkini ne sont pas l'ennemi, mais d'une certaine manière les victimes.
Rachid Nekkaz
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Fondateur et président du Mouvement pour la Jeunesse et le Changement (MJC). A demandé et obtenu la déchéance de sa nationalité française. Bibliographie :  On vous écrit d'à côté, avec Léonard Anthony, Fixot, coll. « Document », 1997.  Splendeurs et...
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Pour Rachid Nekkaz, les femmes en burkini ne sont pas l'ennemi, mais d'une certaine manière les victimes.

Atlantico : Vous avez choisi de rembourser les femmes verbalisées pour port du burkini sur certaines plages françaises. Mais dans le même temps, vous vous dites opposé à ce que représente le burkini symboliquement. Pourquoi contestez-vous ces décisions d'une vingtaine de municipalités françaises ? 

Rachid Nekkaz : Jusqu'à la preuve du contraire, la France est une République une et indivisible et tous les citoyens ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. La France a signé les Déclarations des droits de l'Homme et du citoyen en 1789 et en 1948. Comment peut-on accepter dans un pays qui est à la pointe en matière des droits de l'Homme que l'on interdise à des femmes de porter l'habit de leur choix ? En 2010, le gouvernement avait argué du fait que l'on ne voit pas le visage d'une personne pour faire interdire le niqab. A l'époque, je voyais la pente dangereuse dans laquelle la France s'engageait, et je savais que le niqab n'était qu'une étape dans la réduction des droits fondamentaux des femmes musulmanes en France. Avec le burkini, les masques sont tombés. Le burkini, comme vous le savez, ne couvre pas le visage de la personne, mais cela n'a pas empêché 26 communes d'interdire le burkini sur des plages et Manuel Valls d'apporter un soutien total à ces dernières – et ce en violation complète des principes-mêmes du Parti socialiste. Sur ce point, il faut rappeler qu'en 2010 le PS avait, sous la houlette de Jean-Marc Ayrault, représentant du Parti socialiste à l'Assemblée nationale, repris les recommandations du Conseil d'Etat qui encourageait à interdire dans les espaces publics fermés mais pas dans la rue. Le Conseil d'Etat avait considéré que l'interdiction du niqab dans la rue reposait sur des fondements juridiques absolument invalides. Le Parti socialiste avait repris cette position, qui est la mienne jusqu'à ce jour. 

Comme le Parti socialiste n'a jamais eu le courage de défendre sa position sur la question, j'ai choisi de pallier ce problème en ouvrant mon carnet de chèques. C'est pour défendre les libertés publiques de l'ensemble des citoyens en général et des femmes musulmanes en particulier que j'ai décidé non seulement de payer les amendes des personnes qui portent le niqab dans la rue, mais aussi de celles qui portent le burkini sur nos plages. 

Comme vous le savez, ma femme ne porte pas le niqab, ni le burkini. Je suis bien entendu contre car ce n'est pas à mon sens la meilleure des façons de s'intégrer à la société européenne. Mais je n'accepte pas qu'on utilise la peur de l'Islam dans la société française pour réduire le nombre de libertés individuelles dans l'espace public. C'est ma position, celle qu'adopta Voltaire en 1761-1762, lors de l'affaire Calas. Il avait alors dit que même s'il n'était pas d'accord avec les opinions de Calas, il se battrait jusqu'à la mort pour qu'il ait la possibilité de les exprimer. 

Ne considérez-vous pas qu'en remboursant les personnes verbalisées, vous participez à l’aggravation du climat actuel en France ? Dans le cas d'espèce, comment faire la distinction entre un comportement de pure provocation et une pratique religieuse ?

Le niqab touche, selon mes chiffres, 583 personnes sur 66 millions de Français. On en a fait toute une histoire, et pour justifier la loi, on a même gonflé le chiffre à 2000 personnes. Les personnes qui porte le burkini, nous l'avons vu, sont tout aussi peu nombreuses : il n'y a eu qu'une quinzaine d'amendes. La question qu'on ne se pose pas, c'est qui fait de la provocation ? Les femmes qui portent le burkini ? Les provocateurs, ce sont les élus locaux, soutenus par le Premier ministre français. Si les maires n'avaient pas voté ces arrêts et si le Premier ministre n'avait pas apporté son soutien public, je vous assure que ce phénomène aurait été un épiphénomène. 

Je suis Républicain, et en conséquence je respecte totalement la loi et paye l'amende. Cela m'avait d'ailleurs valu une altercation avec Valérie Pécresse sur la question du niqab. La loi qu'elle et une quarantaine de députés avaient mis au point pour contrer cette action légale devait me faire enfermer pendant trois ans ! A l'époque, l'Assemblée nationale et Manuel Valls n'étaient pas tombés dans le piège. La surenchère vient des hommes politiques. Où sont les intellectuels français pour mettre un peu de bon sens dans tout cela ? Si on continue à jouer à ce jeu dangereux, le vivre-ensemble éclatera en France. 

Les élections présidentielle et législative qui arrivent n'arrangent pas les choses : comme personne n'a de bilan satisfaisant sur le plan économique et social, la carte de l'anti-islam s'impose, surtout du fait des attentats de Charlie Hebdo, de Paris et de Nice… C'est pourquoi je crains que la situation des musulmans en général et des musulmanes en particulier soit terrible dans les années à venir. 

Ce que je regrette, c'est que les hommes politiques n'aient pas eu le même courage en adoptant la loi sur la déchéance de la nationalité pour les terroristes. Car quand il s'agit des femmes, ils ont la gâchette très facile. C'est simple d'empêcher le voile à l'école, le niqab dans la rue ou le burkini sur les plages. Mais quand il s'agit de s'occuper des terroristes, personne n'y touche. Cela démontre un vrai manque de courage dans la classe politique française.

La question de la laïcité est aujourd'hui au centre de tous les débats en France. Vous parlez de "folie anti-musulmane" en France. N'est-il trop simple de considérer que c'est la laïcité française qui s'acharne contre l'Islam ? Cela ne nourrit-il pas une certaine culture de la défiance envers la France dans une partie de la population française d'origine immigrée et musulmane ?

La laïcité est très bien à sa place. Elle autorise toutes les formes d'expression religieuse et spirituelle dès lors qu'elles ne représentent pas de danger ni pour les libertés d'autrui, ni pour la sécurité du territoire. A ce que je sache, ces femmes qui portent le burkini sur les plages ne représentent aucun danger ni pour les unes ni pour l'autre.

Le problème n'est pas la laïcité, mais les hommes politiques prêts à utiliser la peur de l'Islam pour mettre la majorité des Français en opposition avec la minorité des musulmans. Et ce pour compenser leur bilan économique insuffisant voire catastrophique.

Et moi je n'ai pas de double langage : les mêmes élus qui demandent d'interdire le niqab sur leur territoire, tels Valérie Pécresse ou François Fillon, ne cessent de fréquenter les milieux islamistes sur le territoire ou passent leur temps à faire campagne dans des mosquées. Ce sont ceux-là qui n'ont rien à faire dans des mosquées, surtout pas pour y chercher des voix. C'est indécent. 

J'ai eu l'occasion d'être en contact avec un certain nombre de membres du ministère de l'Intérieur, et je leur ai demandé pourquoi ils ne contrôlaient pas les flux d'argent qui financent les moquées. Car en effet, pourquoi laisser ces financements affluer ? Il faut taper sur tous les radicaux dans ce pays, et par taper, j'entends précisément taper dans leur argent. Il faut contrôler drastiquement tous les flux financiers dans les mosquées.

Au lendemain de la mort du père Hamel, j'ai été très choqué et ai fait une proposition de consulting auprès du gouvernement – mettant en pause ma campagne de défense du niqab. Avec mon ami Hassan Ben M'Barek, nous avons proposé de nous occuper des 2000 musulmans fichés S en France, ceux qui sont en prison, ceux qui sont dans des quartiers ou résidences. Et bien vous savez quelle fut la réponse du gouvernement ? Ils m'ont dit "cela ne nous intéresse pas". J'ai été, dans une démarche citoyenne, en tant que musulman, proposer mes services, parce qu'on sait que j'ai une légitimité à parler avec les musulmans radicalisés qui me respectent parce que j'ai défendu le niqab, et on me dit que ça n'est pas intéressant ! C'est à ce moment-là que j'ai compris que le gouvernement actuel jouait la carte de la terre brûlée. 

Né en France, et considéré par de nombreuses personnes comme un modèle de la méritocratie à la française, vous avez demandé à être déchu de la nationalité française pour vous présenter à la présidence de l'Algérie. Pourquoi ce choix ? 

Ma motivation de base n'était pas celle-ci : c'est en fait que je ne me reconnaissais plus dans les principes de la France. 

Pourquoi alors intervenir dans le débat français ?

J'ai demandé la déchéance de ma nationalité le 14 juillet 2013. En 40 jours je l'ai obtenue. Vous pouvez voir qu'on ne m'a guère retenu ! Je me considère comme un vrai militant des droits de l'Homme, et ce par-delà les frontières. Tant que la France ne respectera pas les libertés fondamentales, je serai toujours là pour les victimes. Je n'aide pas que les musulmans : j'avais acheté un terrain à des Roms pas très loin de chez Brice Hortefeux à l'époque où il avait stigmatisé les Roms. J'ai aidé une femme soudanaise qui risquait d'être flagellée au Soudan, et fort de ma réputation de défenseur des femmes musulmanes, j'ai obtenu la modification du jugement. J'ai aidé des Tibétains et des Ouïgours qui étaient condamnés à mort en Chine en 2009. Je me considère comme un militant des droits de l'Homme, et cela ne se limite pas à des frontières. Comme vous avez pu le constater en Algérie, je ne cesse de critiquer le gouvernement et de tenter de venir en aide à ses victimes, à commencer par les journalistes condamnés en Algérie. Ma position, celle que j'ai étudiée à la Sorbonne quand je faisais de la philosophie et de l'Histoire, c'est qu'il n'y a pas de frontières.  Même si je ne suis plus français, c'est un principe universel et philosophique que je défends, celui des libertés fondamentales. 

Quelles sont les répercussions de ces polémiques en Algérie ? D'une façon plus générale, comment est perçue la façon dont la France a été touchée et a réagi ces dernières années ?

Vous savez qu'il y a entre 4 et 5 millions de personnes d'origine algérienne en France. C'est colossal. Les politiques de François Hollande et de Manuel Valls sont donc mal perçues en France. Mais aussi dans le monde entier. Je suis intervenu dans de nombreux médias à l'étranger : BBC, CNN, Washington Post etc. mais paradoxalement la France ne veut pas me donner la parole, à l'exception d'Europe 1 et de vous aujourd'hui. Il semblerait qu'on ait un problème en France avec ce que je représente. La France a une image négative aujourd'hui dans le monde musulman et dans le monde occidental. Je crois que la France ne s'en rend pas compte. On comprenait à la limite cette image selon laquelle – comme cela est inscrit dans toutes les administrations – "la République se vit à visage découvert". Mais dorénavant le masque est tombé. Cette affaire de burkini est la ligne rouge. Le problème des politiques français c'est le refus de l'Islam. Le but logique de cela serait d'interdire l'Islam en France. Ce rejet est total.

Si les hommes politiques français veulent interdire l'Islam, je n'interviendrai plus. Mais il faudra en tirer les conséquences et assumer les critiques internationales, et n'être plus considérée comme une démocratie. Si elle n'interdit pas l'Islam, elle doit respecter ceux qui portent un habit qui se revendique de l'Islam, dès lors que ces personnes ne remettent pas en question l'ordre public ou ne constituent pas un danger pour la liberté d'autrui. 

J'ai demandé en conséquence à l'ONU d'intervenir pour protéger les femmes musulmanes françaises et ai interpellé le Premier ministre pour qu'il mette fin à cette injustice.

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ISABLEUE
- 26/08/2016 - 21:22
Un pote de ramadan le serpent
Et des frères musulmans
Occidentale
- 26/08/2016 - 10:17
J'accable et accuse
J'amalgame et je relie la dissimulation dans tous ses états. Les corps de la femme masquée en étendard musulman. La taqiya dans la duplicité des palabres pour ne rien déterminer. Payer pour ne rien régler. Les "nique-la-France" in process.
Paulquiroulenamassepasmousse
- 26/08/2016 - 08:25
Très courageux notre Rachid.....
Lui qui stigmatise le manque de courage des politiques dépense son énergie à défendre le Burkini.....
C'est sūr que c'est Moins dangereux que de prêcher contre le terrorisme etle salaphisme...un donneur de leçon de plus .