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Série : les grandes interviews de l'été

Emile Zola : "Il règne en ce moment un climat indigne de la France"

Publié le 19 août 2016
Interviews virtuelles mais exclusives accordées par les personnalités ayant le plus influencé le cours de l’histoire de la France et des Français. Nous les avons retrouvées et rencontrées afin de leur demander quel jugement elles portaient sur la situation politique et économique actuelle. Quinzième interview de cette série de l'été avec Emile Zola.
Jean-Marc Sylvestre
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Diplômée de l'Essec, Aude Kersulec est specialiste de la banque et des questions monétaires. Elle est chroniqueuse économique et blogueuse. 
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Interviews virtuelles mais exclusives accordées par les personnalités ayant le plus influencé le cours de l’histoire de la France et des Français. Nous les avons retrouvées et rencontrées afin de leur demander quel jugement elles portaient sur la situation politique et économique actuelle. Quinzième interview de cette série de l'été avec Emile Zola.

Emile Zola a peint, à travers ses livres, la société française au fil du XIXème siècle. Ecrivain et journaliste, il naît en 1840 et meurt en 1902. Il aura connu plusieurs régimes politiques, dont le Second Empire, qui lui aura apporté beaucoup d’inspiration pour ses romans ou ses chroniques journalistiques.

C’est l’un des romanciers les plus prolifiques de son temps, et l’un des plus repris. En 1868, il débute sa formidable œuvre des Rougon-Macquart, ou l'Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, composée de vingt opus. Ça va l’occuper 22 ans.

Et surtout, Emile Zola n’avait pas sa langue dans sa poche. Avec une partie de l’élite intellectuelle du XIXème siècle, c’est un homme engagé, comme à la fin du siècle où il va jouer un rôle sans précèdent dans l’affaire Dreyfus. Contre l’injustice faite au Capitaine Dreyfus, au péril de sa liberté, il va accuser l’ensemble du système politico-militaire. Il ne se fera pas que des amis…

L’honneur ultime lui sera donné six années après sa mort, lors de son entrée au Panthéon.

Jean-Marc Sylvestre : Emile Zola, où êtes-vous né ? A Aix-en-Provence ? A Paris ? Vous avez donné assez peu d'informations sur votre enfance...

Emile Zola : J’en ai peu parlé, c’est vrai, parce que cette enfance a été un peu douloureuse. Pour faire bref, parce que je n'aime pas trop revenir sur cette période, je suis né à Paris le 2 avril 1840, mon père était italien originaire de Venise et ma mère française. Je suis fils unique. Mon père, ingénieur de travaux publics, avait gagné un appel d’offre pour construire un système d'amenée d'eau potable à Aix-en-Provence depuis la montagne Sainte-Victoire. Nous nous sommes donc installés à Aix-en-Provence en 1843. La concession est signée en 1844, et mon père crée avec des partenaires financiers la société du canal Zola. Les travaux commencent en 1847. Mon père est mort de pneumonie le 27 mars 1847 après avoir été responsable de la construction du barrage Zola. A ce moment-là, c’est la catastrophe, les créanciers sont tombés sur la société et sur ma mère. La société que mon père avait créée est déclarée en faillite et rachetée par ses créanciers. Classique. Ma mère, complètement ruinée, va s'occuper de moi avec ma grand-mère, et je leur dois tout. Alors je suis allé au collège d'Aix-en-Provence où je me suis fait un copain avec qui je suis resté très ami : Paul Cézanne. Et avec lui on rêvait. Lui de peinture et moi de littérature. Mais on ne roulait pas sur l'or. C’était dur et compliqué. Je me souviens, on s’était juré de devenir célèbres tous les deux. C’était très prétentieux et un peu ridicule. Vous voyez pourquoi je n’ai jamais aimé cette réalité.

Vous êtes monté à Paris très tôt ...

J’ai quitté Aix en 1858, avec ma mère, pour vivre à Paris dans des conditions assez misérables, mais ce qui m’a sauvé, c’est le groupe d’amis auquel je me suis joint. On lisait beaucoup les classiques, puis Balzac, qui était déjà une énorme vedette dans les milieux littéraires et chez les étudiants. Le problème est que j'ai été recalé deux fois au baccalauréat. Ces échecs ont profondément déçu ma mère qui savait que sans diplôme, j'aurais du mal à m’en sortir.

Vous avez trouvé du travail ?

J’étais obligé de travailler mais ayant échoué au bac, je suis entré comme employé aux écritures aux Docks de la douane en 1860. J'y suis resté deux mois et je suis resté au chômage, mais il n’y avait pas Pôle emploi et puis au bout de deux ans, j'ai rencontré Louis Hachette qui a fini par m’embaucher comme commis dans sa librairie. Là, je me suis débrouillé. Tout le monde m’aimait bien, je rendais un tas de services. Je suis rentré au service de publicité où je faisais ce que vous appeliez aujourd’hui l’attaché de presse. Je connaissais les auteurs puis les journalistes.

C’est un peu comme cela que je suis rentré dans le métier et en fait, j'ai réussi à écrire un premier roman, Les Contes à Ninon (en 1864).

C’était autobiographique ?

Un peu. J’étais tombé amoureux d’une femme qui s’appelait Berthe. Pour dire la vérité, c’était une prostituée et je m’étais mis dans l'idée de la sortir du "ruisseau", mais j'ai échoué bien sûr. Alors j'ai raconté cette histoire dans un tout premier roman, La Confession de Claude, et puis après il y a eu d’autres amours et d’autres Ninon.

Monsieur Zola, vous êtes le fondateur du naturalisme, ce courant qui consiste à observer et décrire les rapports sociaux avec finesse et précision. Ce talent, vous l'avez largement mis à contribution dans la saga des Rougon-Macquart. Vous considérez-vous comme le précurseur de la sociologie ?

Dans les Rougon-Macquart, il y avait une démarche scientifique, sociologique, certes. Je voulais démontrer le caractère inévitable de l’hérédité dans cette famille et ses différentes générations, y décrire les réalités sociales. Même si les individus sont à première vue dissemblables et occupent des rangs sociaux et des milieux professionnels totalement différents, je voulais montrer qu’ils restaient profondément liés les uns aux autres.

Alors évidemment, j’avais en adoration Balzac et sa Comédie Humaine, mais j’ai voulu me différencier par un angle plus impertinent et satirique, qui m’était propre. Je me suis toujours plus senti comme un reporter que comme un chercheur. Quand j’ai écrit Germinal, je suis allé passer dix jours dans le Valenciennois. Je suis allé au fond de la mine, à la rencontre des mineurs pour véritablement capturer leurs sensations.

Mais vous savez, j’ai été beaucoup attaqué, et notamment par des collègues écrivains, pour ce que j’écrivais. Je n’étais pas du tout pris au sérieux, j’avais raté mon bac deux fois !

"Niaiseries", "goût du sordide et du détail cru", "superficiel" : j’avais un peu l’image de la presse people d’aujourd’hui. On me reprochait de vouloir faire du sensationnel, du vrai. C’était très nouveau à l’époque de vouloir autant coller à la réalité. Et bien sûr, tout ce qui est nouveau est toujours vu de travers au début.

Mes compères du groupe de Médan m’ont cela dit bien aidé dans cette entreprise littéraire. Il y avait Guy de Maupassant, Octave Mirbeau qui était journaliste, critique et romancier, c’est lui qui a écrit le journal d’une femme de chambre et d’autres qui ont connu moins de succès. Il y avait des peintres aussi, des impressionnistes. Le monde de la peinture me fascinait. C’est à ce moment-la que je me suis lié d’amitié avec Edouard Manet, Camille Pissarro, Renoir, Sisley et bien sur avec Cézanne qui est mon ami d’enfance. Nous étions inséparables.


Vous vous êtes fâché avec Cézanne ?

Beaucoup plus tard. De ma faute. Pendant des dizaines d'années, on ne s’est pas quitté, on se voyait, on s’écrivait et on s’aidait financièrement. Mais avec la publication de L'Œuvre, un roman dans lequel j'ai fait le portrait d’un peintre raté, notre relation s’est cassée. Il l’a très mal pris et je ne me suis pas expliqué. On ne s’est jamais revu.

Au début, avec ce groupe de journalistes, d’écrivains et de peintres, nous nous réunissions une fois par semaine près de la place de Clichy, que l’on surnommait l’Assommoir, car il y avait un débit de boissons impressionnant. Puis, on s’est vu dans ma maison de campagne, à Médan.

L'été, on allait en Normandie. Les peintres aimaient beaucoup Trouville, pas spécialement pour la lumière si particulière mais aussi parce que les auberges de pêcheurs leur offraient le gîte et le couvert. Alphonse Daudet a fait une pub insensée à cette plage. D’autant qu'à côté, à Deauville, il y avait toute la société des riches du Second Empire qui s’installait.

En fait, nous nous amusions beaucoup à parler de littérature et à développer notre courant de réalisme social. Puis les affaires politiques sont venues rompre l’ambiance festive de nos soirées, et les divergences de vues nous ont éloigné… Enfin, il y a eu l’affaire Dreyfus.

Revenons donc à l’affaire Dreyfus, que vous évoquez à demi-mots. En 1894, le capitaine Alfred Dreyfus est accusé d'espionnage au profit de l'Allemagne. Il est condamné sur la base de faux documents. Pourquoi vous être engagé à ses côtés ?

La défiance à l’encontre des Juifs montait en France depuis plusieurs années, de manière très sournoise.

Mais là, c'était trop. Des pièces de l’enquête disparues, un coupable acquitté – le vrai espion, le commandant Walsin Esterhazy – après qu’un innocent a été condamné à une déportation perpétuelle. Autant dire qu’il y avait plus de rebondissements que dans un épisode des Experts !

Il y avait cette collusion entre milieux militaire et politique qui m’était insupportable. On avait voulu étouffer l’affaire car l’armée ne voulait pas reconnaître qu’elle avait eu tort ! Comme je l’ai écrit, c’était une vraie souillure pour notre pays. J’avais une autre idée de la France républicaine.

Si je ne parlais pas, j’étais de fait complice. Or, je voulais être justicier. J’ai alors décidé de frapper un grand coup, d’écrire ce que j’avais sur le cœur. Le Figaro n’a pas voulu de mon article. Tu parles, ils ont un lectorat conservateur à ne pas brusquer. L’Aurore, en revanche, en a bien voulu. Le titre, cela dit, ce n’est pas moi. C’est le directeur du journal et Clemenceau qui ont décidé de ce véritable pavé dans la mare : "J’accuse… !".

Vous connaissiez de nombreux confrères – Vallès, Flaubert, Daudet, Maupassant – ou autres acteurs de la vie intellectuelle et artistique de notre pays : Cézanne, Manet, les frères Goncourt. Formiez-vous un vrai contre-pouvoir à l’époque ?

Appeler ça un contre pouvoir, quand on subit un procès et qu’on est obligé de s’exiler – et en plus à Londres – après avoir écrit un article dans un journal, j’appelle plutôt ça une censure ! C’était un risque que je connaissais à la suite de la publication de "J’accuse !", de faire l’objet d’une plainte pour diffamation et de devoir connaître soit la prison soit l’exil. Mais c’est aussi l'une des libertés les plus primitives que de pouvoir exprimer son opinion et surtout sa vérité, d’alerter le public.

La presse d’opinion, donc d’opposition, a été autorisée en 1868. Alors évidemment, je ne me suis pas privé pour écrire sur le régime impérial ! Lui qui avait démarré dans des bains de sang, qui avait écrasé les premières répressions ouvrières, qui a vu l’avènement des relations d’argent… Toutes les vérités sont bonnes à dire, à rechercher. Sans souci de morale, ou de prudence politique.

Mais vous savez, mon engagement, ma franchise, je les ai payés ! Ils m’ont valu de ne jamais entrer à l’Académie française, par manque de voix. Et même les circonstances de ma mort, un feu d’appartement, n’ont jamais été très claires.

Comment jugez-vous la société française aujourd’hui, du point de vue sociétal ? Y retrouve-t-on les mêmes faiblesses qu’au temps des Rougon-Macquart ?

Malheureusement, la France ne souffre pas que d’un seul mal. Avant "J’accuse… !", j’avais publié une première tribune en 1897 sur la tendance d’antisémitisme qui se dessinait en France, dans le Figaro. Elle était intitulée "Pour les juifs". Je sais qu’elle a été reprise par l'un de vos contemporains, Edwy Plenel, pour en faire une version pro-musulmane. Un peu arrogante de sa part comme démarche.

Mais juif ou musulman, j’ai envie de vous dire : même combat. Ce que je n’aimais pas, c’était la haine de l’autre et la persécution.

Aujourd’hui, pour parler des temps actuels, je reprendrais ces mêmes mots, ceux d’un "climat indigne de la France". Cette peur qui crée un cercle vicieux, entretenant l’isolement des uns et le communautarisme et le rejet des autres. L’intégration, c’est aussi de savoir tendre la main.

Et c’est là que les élites doivent être assez intelligentes pour faire de la pédagogie, et non en faire un objet de programme politique.

C’est dans les temps de crise économique, où chacun est plus fragile, qu’il faut le plus être vigilant, ne pas céder à ses tentations de repli sur soi. C’est un crime que d’exploiter le patriotisme pour des œuvres de haine, que d’exacerber les passions de réaction et d’intolérance.

Vous parlez de l’extrême-droite ?

Les extrêmes ont cette particularité d’attiser les peurs par confrontations. De race, cela a longtemps été le cas de l’extrême-droite, de classe, pour l’extrême-gauche. Dans tous les cas, il s’agit de la haine de l’autre, des musulmans, des Juifs, des riches… Il ne faut pas se mentir, c’est leur seul credo.

Comme dans tout, on est tentés par ce qu’on ne connaît pas. "On n’aime bien que les femmes qu’on n’a pas eues", ai-je écrit dans Pot-Bouille. Mais je m’égare… La politique est une affaire autrement plus sérieuse qu’une simple histoire de mœurs.

Justement, avez-vous pensé à avoir un rôle politique de premier plan pour faire respecter vos idées et faire bouger les choses ?

La politique ne m’a jamais intéressé. Occuper une fonction de pouvoir ne m’a jamais fait rêver. J’ai toujours voulu garder mon indépendance, je tiens juste à défendre les valeurs qui me sont chères.

Et si j’avais des convictions politiques, voir que les élus parfois ne pouvaient rien contre les intérêts des plus forts a vite réprimé mes ardeurs. A l’époque, l’armée était encore toute-puissante, et c’est justement elle qui a fait de cette affaire Dreyfus un marasme politico-judiciaire. Aujourd’hui, on dirait que ce sont les grandes multinationales qui sont plus puissantes que les Etats. Le pouvoir n’est pas là où on le pense. Les promesses qui sont faites aux électeurs ne peuvent être que des mensonges. S’ils ont des intentions, les hommes politiques ne les transforment que très rarement en actions.

Mais à la fin, ce sont les faits que l’on juge, et non les intentions.

Mais pourtant vous vous êtes battus pour la République, vous n'avez cessé de combattre le Second Empire dans vos chroniques et vos romans. Et vous êtes un homme de gauche convaincu... Vous seriez socialiste aujourd'hui ?

Le Second Empire a été une période d’excès, de jouissance sans limite. La dénonciation des intérêts politiques, avec les milieux financiers, déjà !

Les Rougon-Macquart vous dévoilent évidemment ma vision des choses, celle d’une volonté de plus grande justice sociale, car mes héros les plus miséreux sont aussi les plus violents. Je suis né et mort parmi les bourgeois, mais je n’en suis pas moins insensible aux causes sociales et ouvrières. Mais le socialisme d’hier, même modéré, est mort. Je suis du même avis que ce jeune et ambitieux ministre de l’Economie, Emmanuel Macron. Je crois que la gauche et la droite n’ont plus vraiment de sens.

D’ailleurs, je n’aime pas du tout votre politique d’aujourd’hui. Elle ressemble à un spectacle, un jeu télévisé. Vous manquez cruellement d’une élite intellectuelle, des Flaubert, Hugo, etc. Les vôtres sont trop politisées, donc biaisées.

Moralement, vous étiez quand même loin d’avoir la vie rangée d’un curé. Vous avez eu deux enfants avec une ancienne gouvernante, que vous avez cachée pendant des années.

J’étais mitterrandien avant l’heure, que voulez-vous… Et encore, heureusement que je n’étais pas élu, cela aurait été bien pire !

Les hommes politiques ont toujours été la risée des autres. Rien qu’à voir Félix Faure, président de la République à la fin du XIXème, qui a connu une fin brutale mais heureuse - on l’espère pour lui - dans les bureaux de l’Elysée… aux mains de sa maîtresse. Tout ça à cause d’une overdose de viagra.

Vous vous souvenez de la question du ministre de l'Intérieur qui a été appelé par le Secrétaire général de l'Elysée et qui, en arrivant dans le hall, demanda :

- "Est ce que le président a toujours sa connaissance ?"

- "Non Monsieur le ministre , elle est sortie par la porte du jardin"

Quant à Clemenceau, qui était mon patron à l’Aurore, il a été terrible : son requiem dédié à Felix Faure a été bref : - "En entrant dans le néant , il a dû se sentir chez lui". 

Les hommes politiques ne sont pas forcément performants au moment où il le faudrait le plus. On avait de quoi s’amuser déjà à l’époque. Il paraît que ce n’est pas mal chez vous aussi…

 

Interview imaginaire, recueillie, reconstituée ou imaginée par Aude Kersulec et Jean Marc Sylvestre juillet 2016)

 

Les livres à lire pour aller plus loin...

-Emile Zola, sa vie son œuvre. Edmond Lepelletier librairie Hachette

- Zola, une vie, Fréderic Brown Belfond

 

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Commentaires (9)
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joke ka
- 19/08/2016 - 20:58
Cézanne et Zola
Il y avait un 3ème larron un scientifique,Jean-Baptiste Baille.,on les appelait les 3 inséparables
Ganesha
- 19/08/2016 - 20:57
Pissotière
Texas, Atlantico publie régulièrement des articles sur le Venezuela. Les commentaires dégagent toujours rapidement une forte odeur de pissotière : les plus débiles y viennent tirer un ''petit coup''. Vous essayez d’introduire ici ce hors-sujet. Je vous fais un copié-collé de mes dernières réactions : Présenter le Venezuela comme un pays ''Communiste'' est d'une insigne stupidité ! Dans ce cas, le ''Paradis Communiste'' existe : en Arabie Saoudite, les 29 millions d'habitants vivent dans l'aisance, sans industrie autre que pétrolière, et sans travailler. Le Nigeria est également un ''Pays Communiste'' ?
Texas
- 19/08/2016 - 19:01
Comme c' est à cela...
...que l' on reconnaît un vrai Socialiste , vous utilisez le Libéralisme comme notre Président invoque la Chance .