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Les putschistes turcs ont coordonné leur tentative de coup d'État sur des applications de chat. Voici ce que ça a donné en temps réel.

Publié le 25 juillet 2016
Les hauts gradés turcs en charge du coup d'État mené dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016 donnaient leurs consignes sur un groupe de conversation privé Whatsapp. Heure après heure, revivez le putsch dans l'œil des opposants au régime.
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Les hauts gradés turcs en charge du coup d'État mené dans la nuit du 15 au 16 juillet 2016 donnaient leurs consignes sur un groupe de conversation privé Whatsapp. Heure après heure, revivez le putsch dans l'œil des opposants au régime.

Le coup d'État mené en Turquie dans la nuit du 15 au 16 juillet a tourné en fiasco pour les mutins. À l'appel du président Erdogan, le peuple est descendu dans la rue repousser les troupes militaires putschistes. Cette tentative de renversement a surpris par son amateurisme, et l'homme fort du pays ressort de ce moment d'instabilité plus populaire encore. Pourtant, afin de mener au mieux ce coup d'État et de donner les consignes rapidement, les opposants au régime avaient pris le soin de créer un groupe de discussion sur la plateforme de messagerie instantanée Whatsapp. Le site Bellingcat s'est procuré les traces de cette conversation afin de retracer minute par minute ce putsch avorté au travers de l'écran de téléphone d'un général putschiste. Retour sur dix moments-clés de ce putsch.

21h14 : création du groupe de discussion et premières instructions

C'est ainsi à 21h15, heure locale, que le major Murat Çelebioğlu crée un groupe de discussion Whatsapp, que le mutin nomme "Yurtta sulh", les deux premiers mots d'une célèbre phrase prononcée par le premier président de Turquie, Mustafa Kemal Atatürk, en 1931 : "Yurtta sulh, cihanda sulh", que l'on peut traduire par : "Paix chez soi, paix dans le monde". Le major ajoute les hauts gradés militaires putschistes à la conversation (dont deux brigadiers et onze colonels) et les informe de l'utilité de cette dernière : "Je ferai les annonces publiques ici. Vous pouvez me tenir au courant de vos agissements. Je transmettrai ces informations à Ankara". Çelebioğlu fait là référence aux quartiers généraux où se décide le déroulement du coup d'Etat.

Dix minutes plus tard, à 21h26, le major Çelebioğlu donne ses premières instructions, à savoir empêcher quiconque d'entrer à Istanbul : "Les automobilistes essayant d'entrer dans Instanbul seront stoppés et renvoyés dans la direction opposée". Trois minutes après, le colonel Müslim Kaya indique que le sixième régiment d'infanterie motorisée est en route pour Istanbul. Au cours des minutes qui suivent, les troupes putschistes tentent de s'emparer du centre de coordination en cas de catastrophe (Akom) afin d'annihiler toute réaction de la part des loyalistes, mais rencontrent quelques problèmes plutôt insolites, comme en fait part Çelebioğlu sur Whatsapp : "Fatih Irmak (l'un des officiers putshistes, ndlr) a besoin de renforts. Il n'arrive pas à convaincre son unité" ou encore "Est-ce que la deuxième brigade armée et le sixième régiment rencontrent des problèmes d'embouteillages sur la route ?"

21h45 : les putschistes prennent le contrôle du pont du Bosphore

A 21h45, les putschistes parviennent à paralyser la ville en bloquant toute circulation sur les ponts du détroit de Bosphore, axe de transit très important notamment en cette soirée de week-end. De son côté, le colonel Kaya fait appel à une équipe technique sur demande de ses troupes afin de prendre le contrôle des médias et de la diffusion radio : "L'Akom a été saisie. Ils (les troupes présentes, ndlr) demandent une aide d'urgence de la part de l'équipe technique des forces aériennes afin d'arrêter la diffusion radio. Ils essaient, mais n'y arrivent pas tout seuls".   

22h06 : ralliement d'une grande majorité des forces de police aux putschistes

Il s'agit là de l'un des moments les plus cruciaux de la soirée pour les putschistes. Vont-ils recevoir le soutien des forces de police, ou devoir les affronter ? Çelebioğlu indique que la police stambouliote coopère. Le colonel Uzan Şahin ne peut contenir sa joie et se fend d'une expression turque amicale et chaleureuse : "Dites à nos amis policiers : je baise leurs yeux".

23h16 : annonce à la télévision turque du coup d'État

Après avoir pris contrôle de l'aéroport Atatürk à Istanbul et de la chaîne de télévision turque TRT, les putschistes annoncent sur cette dernière qu'un coup d'État est en cours afin de préserver l'ordre démocratique. Les troupes continuent de se déployer sur le territoire mais le blocage des axes routiers rend impossible l'arrivée de renforts aux points stratégiques. Le lieutenant Özgenc écrit : "Si nous ne permettons pas l'accès au pont, les renforts ne pourront pas arriver". Une foule se forme dans les rues et rend les déploiements plus difficiles.

23h36 : premiers affrontements au quartier général de la police Vatan Caddes

Certains policiers restent loyaux au régime d'Erdogan et font de la résistance face aux putschistes. Le major Akkaya indique qu'il passe à l'offensive : "Je prévois d'ouvrir le feu sur le quartier général de la police. Il n'y a pas d'autre choix".

00h05 : les putschistes forcent la présentatrice de la télévision turque à lire la déclaration de coup d'État

Les troupes putschistes obligent la présentatrice de la chaîne publique à lire la déclaration de coup d'État dans laquelle les opposants au régime clament avoir pris le contrôle du pays afin de restaurer la démocratie et la loi. Le lieutenant-colonel Düzenli félicite ses camarades : "Les amis, heureusement nous avons pris le contrôle de nombreux lieux stratégiques à Ankara et Istanbul. La déclaration de coup d'Etat a été lue à la télévision. Continuons comme cela. Quiconque s'oppose à notre action sera sévèrement réprimandé. C'est un ordre".

00h19 : les putschistes tirent sur une foule survoltée

Une énorme marée humaine se forme dans les rues d'Istanbul et de Turquie, répondant à l'appel du président Erdogan lancé sur la chaîne de télévision privée CNN Türk que les putschistes n'ont pas encore capturée. Les officiers putschistes se montrent plus alarmistes et demandent du renfort en nombre, à l'image du lieutenant-colonel Çoşkun : "Nous demandons des renforts de toute urgence à Sakarya (province côtière de la mer Noire, ndlr). La foule essaie de stopper les tanks. Besoin de renfort aérien". De son côté, le major Aygar semble relativement calme. Il affirme : "Nous avons tué quatre personnes qui résistaient à Çengelköy (non loin d'Istanbul, ndlr). Tout va bien." Le major Karabekir, quant à lui, multiplie les discours guerriers : "Pas de compromis, pas d'hésitation. N'hésitez pas, tirez leur dessus. Démolissez-les, brûler-les, pas de compromis. Ne vous démoralisez pas, continuons jusqu'à la dernière goute de notre sang. Ne montrez aucune compassion. Ne faiblissez quand nous croyons avoir gagné. […] A partir du moment où j'ai quelqu'un en visuel, je fais feu sur la foule et puis j'attends."

01h26 : la foule prend avantage sur les forces militaires putschistes

Les militaires commencent à se faire dépasser par la grosseur de la foule. Cette dernière ne cesse de les harceler. Cela mène certaines unités à se retrouver isolées, entourées par la population menaçante. Le colonel Yusuf écrit : "J'ai pris le commande de la 66ème brigade d'infanterie. Nous ne pouvons pas nous replier. Que Dieu nous vienne en aide". Même constat pour le lieutenant-colonel Çoşkun : "La police et la foule ont joint leurs forces. Ils disent à nos troupes de se rendre. Des renforts sont demandés. Nous sommes en infériorité numérique". Face à ce renversement de situation, le major Mehmet Karabekir reste imperturbable et répète : "Démolissez-les, brûles-les. Pas de compromis". Ce à quoi répond le colonel Gerehan, bien conscient du fait que leur coup d'Etat est en train de capoter : "Voyons Mehmet". Et le lieutenant-colonel Çoşkun d'ajouter : "Si nous ouvrons le feu, nous abattrons trois à cinq personnes mais nous ne pourrons pas les empêcher d'entrer pour autant (dans le bureau du gouverneur à Sakarya, ndlr).

03h21: prise de la chaîne de télévison CNN Türk

Alors que les putschistes se font dépasser de toute part, les troupes tentent de s'emparer du siège de la CNN Türk, qui avait diffusé l'appel du président Erdogan. Le capitaine Türk écrit : "Nous approchons de la CNN. Nous nous faisons tirer dessus. Certains ont été touchés". Les téléspectateurs de la CNN peuvent contempler la salle réservée aux présentateurs déserte.

03h38 : les généraux putschistes abandonnent

Les putschistes jettent leurs dernières forces dans cette bataille. Le colonel Sahin se fend d'un dernier encouragement : "Jusqu'à ce que mort s'en suivre, les amis". Le major Çelebioğlu  s'adresse aux autres officiers : "Faites ce qu'il faut pour rester en vie". "C’est-à-dire ?", demande le capitaine Türk. "Rendez-vous. Ou fuyez", répond-il, avant d'annoncer que l'opération est annulée. Il conclut : "Nous avons quitté nos positions. Je ferme le groupe de discussion. Supprimez les messages si vous le souhaitez".

A priori, ils ne l'ont donc pas fait. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (2)
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Anguerrand
- 26/07/2016 - 07:23
Dommage que ce dictateur n'ait pas été
sorti de son " trône " . Mais cet islamiste est malin dès son arrivé au pouvoir il a déchu tous les généraux qui ne lui était défavorable. Maintenant il a les mains libres et une dictature qui a les mains libres fera disparaître tous ces opposants.
vangog
- 25/07/2016 - 20:57
Ce n'était pas le bon moment!
Ce Çelebioğlu ne semblait pas être un excellent stratège, ni très autoritaire, ni très inspiré...s'il avait été intelligent, il aurait attendu l'accession de Trump à la Présidence des USA, car celui-ci ne soutiendra certainement pas la résistance syrienne, coupable d'alliances plus ou moins prononcées avec les islamistes. Et lorsque la résistance syrienne ne sera plus soutenue, ni par les USA, ni par la France de Marine Le Pen, alors Assad reconquerra la Syrie, qui constituera une force d'équilibre anti-turc dans la région. Peut-être même que Assad aidera les Kurdes à reconquérir leur territoire en Turquie. Les Généraux auraient dû attendre cette déstabilisation de la Tirquie, et mieux préparer leur coup, avant d'intervenir militairement...