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Atlantide, déluge : pourquoi certains mythes sont bien plus vrais qu'on ne le pense

Publié le 23 mai 2016
De nombreux récits de peuples antiques qui se sont transmis jusqu'à nous ont été élevés au rang de mythe ou de légende. Parmi ces légendes figurent l'Atlantide, la ville de Troie du cycle d'Homère, le mythe de l'île de Kuwae et le déluge de la Genèse. Mais la science et l'archéologie ont révélé que ces mythes ont des bases historiques tout à fait fondées.
Gilles Lericolais
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Gilles Le Ricolais a participé à de nombreuses missions géologiques pour l'Ifremer.Il est géologue/géophysicien marin à l'Ifremer depuis 1984 et responsable scientifique (chef de mission) de plus de 10 campagnes océanographiques
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Jacques Collina-Girard
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Jacques Collina-Girard est géologue, spécialiste de géologie sous-marine, à l’Université de Provence. Une de ses découvertes, publiée en 2001 dans les Comptes Rendus de l’Académie des Sciences, avait alors trouvé dans les médias l’écho lié aux mystères...
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Jean-Loïc Le Quellec
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Jean-Loïc Le Quellec, né en 1951, est diplômé de l’École pratique des hautes études (paléoécologie du quaternaire) et docteur en anthropologie, ethnologie et préhistoire en 1992. Il est directeur de recherches 2e classe au CNRS. Il a écrit de nombreux...
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De nombreux récits de peuples antiques qui se sont transmis jusqu'à nous ont été élevés au rang de mythe ou de légende. Parmi ces légendes figurent l'Atlantide, la ville de Troie du cycle d'Homère, le mythe de l'île de Kuwae et le déluge de la Genèse. Mais la science et l'archéologie ont révélé que ces mythes ont des bases historiques tout à fait fondées.

Le Déluge

Gilles Lericolais : La découverte de l'inondation de la Mer noire suit l’hypothèse de l’Américain William Ryan. Il a participé à l’écriture, avec Walter Pitman, d’un livre (Noah’s Flood) qui a beaucoup fait parler de lui car il révèle l’origine du déluge. Nous avions une mission en 1998 pour l’Ifremer, dans le cadre d’une collaboration entre le France et la Roumanie, ayant pour but d’étudier la plateforme continentale roumaine de la Mer noire et voir les variations du niveau marin. Nous sommes partis avec le Suroit, un navire océanographique de l’Ifremer, avec comme équipage des scientifiques roumains et William Ryan, pour faire des relevés géologiques et géophysiques. Nous essayions de voir s’il y avait un parallèle entre le Danube, le Rhône, la Gironde et le fleuve Manche lors des bas niveaux marins. 20 000 ans auparavant, la mer se trouvait 120 mètres plus bas et nous souhaitions savoir ce qu’il s’était passé en Mer noire et comment le Danube s’était comporté vis-à-vis des variations du climat et des variations glaciaires/interglaciaires.

En déployant nos équipements, nous sommes tombés sur un phénomène assez incroyable. Pour un chercheur en géologie et sédimentologue comme moi, cette expérience était plutôt fabuleuse. D’ailleurs, nous continuons toujours de travailler dessus car c’est une question assez importante. Concernant la découverte, nous sommes tombés sur un passage très net de sédiments de type lacustre, suivie d’une zone d’érosion où l'on a vu toutes les coquilles blanchies, mortes, équivalentes à celles que l’on retrouve sur les plages quand la mer remonte. Cela témoigne d’un changement brusque entre deux zones, là où la Mer noire était douce, à moins 100m du niveau de la mer, et la zone d’eau salée, un niveau qui était remonté très rapidement.

Nous nous sommes demandés à quoi correspondait ce phénomène, un peu rapide, catastrophique et complètement différent et nouveau par rapport à ce que nous connaissions en Méditerranée, en Atlantique, en Manche et en Mer du nord. Nous avons daté les coquilles au bord, les coquilles un peu plus profondes et celles du fond marin. Les coquilles du bord étaient des coquilles d’eau salée, celles du milieu des coquilles mortes mais d’eau douce, et celle des fonds, des coquilles d’eau douce. Le passage de sédiment a été daté à -7500 ans.

Le problème avec la Mer noire, c’est qu’il s’agit d’un bassin qui a été fermé et il est difficile de connaître l’effet réservoir. Jusqu’à 2011, avant les publications de Guillaume Soulet, nous n’avions aucune connaissance de l’âge réservoir de la Mer noire et nous faisions donc des estimations, en théorisant qu’elle avait le même âge que la mer de Marmara ou que la Méditerranée.

7500 ans moins 2000 ans correspond à 5500 avant Jésus-Christ, et donc à l'avènement du néolithique et du néolithique autour de la Mer noire, c’est-à-dire les grandes populations du Croissant fertile. Ces populations étaient déjà évoluées, alors qu’en Europe de l’ouest, la population était à un stade bien moins avancé. Le néolithique commence à apparaître à -10 000 ans au niveau du golfe persique, de l’Irak jusqu’en Turquie, et s’est répandu ensuite à l’Europe de l'ouest. Ces populations de la Mer noire - les civilisations danubiennes - ont migré vers l’Europe de l’ouest en longeant le Danube à peu près 5000 ans avant J-C. Nous nous sommes intéressés aux liens de causes à effets. Si on lit les cinq premiers livres de la Bible - le Pentateuque -, la base des grandes religions monothéistes, on constate que la Genèse est fortement influencée par les mythologies mésopotamiennes. On s’aperçoit quand on lit "L’Epopée de Gilgamesh", l’un des plus vieux livres que l’homme ait jamais écrit, ou des mythes mésopotamiens, qu’il y a une référence au mythe du Déluge. Il y a une proximité géographique entre les lieux où L’Epopée de Gilgamesh - Uruk (ville d’ancienne Mésopotamie dans le sud de l’Irak) - a été écrit et on s’est demandé également, lorsque Gilgamesh monte vers les montagnes d’Anatolie, de l’autre côté du Bosphore, si cela ne correspondait pas à la remontée rapide qu’on vient d’enregistrer en Mer noire et si elle n’était pas à l’origine du mythe du déluge.

Ce mythe se serait perpétué par les Mésopotamiens, venus envahir le nord de l’Egypte et qui sont probablement les ancêtres des Hébreux. Quand ces derniers ont voulu écrire leur histoire, ils se sont sûrement référés à toute la mythologie mésopotamienne, dont celle du déluge. Les recherches ont démontré que le niveau de la mer est remonté de 100 mètres en une période de 30 à 100 ans, ce qui est largement suffisant pour déplacer des populations côtières et lacustres dans le delta du Danube, qui a été complètement recouvert. Ces gens-là, surtout des nomades, sont partis en récupérant leurs animaux dès qu’ils ont constaté que le niveau de l’eau montait très rapidement. 

Pour comprendre cette élévation du niveau de la mer, il faut repartir des derniers 20 000 ans. Une calotte glacière culminant à 3km de hauteur recouvrait toute la Scandinavie et descendait jusqu’à Londres. Et comme beaucoup d’eau était prise dans les glaces, le niveau de l’océan global se situait à environ 120 mètres plus bas. Nous n'en sommes pas encore bien sûrs, mais la Mer noire était à 100/120 mètres plus bas et elle était constituée d’eau douce. C’était un lac isolé par le delta du Bosphore, dont le fond culmine à 30 mètres. Aucune connexion entre ces deux sources ne semblait donc possible. La glace a ensuite fondu, ce qui a conduit à une remontée rapide du niveau marin, à peu près à une quarantaine de mètres, mais pas suffisamment haut pour rentrer en Mer noire. Le niveau du lac de la Mer noire est resté plus bas que celui de la Méditerranée. Et quand l’eau de l’océan est arrivée au seuil du détroit du Bosphore, de l’eau salée a pénétré rapidement à l’intérieur de ce lac et le niveau a monté. Il aura fallu à peu près 1000 ans pour les animaux ayant été transportés par les flux d’eaux de mer pour coloniser le lac d’eau douce de la Mer noire.

Ces découvertes font suite à nos recherches sur les animaux d’eau de mer morts dans le lac, qui n’ont pas supporté cette transition eau salée/eau douce lorsqu’ils ont été emportés pendant la montée des eaux.

L'Atlantide

Jacques Collina-Girard : Je me suis aperçu qu'il y a bien une Atlantide géologique à la sortie des colonnes d'Hercules à Gibraltar et que l'histoire géologique coïncide trait pour trait à l'histoire racontée par Platon (lieu, date, modalité et paysage). J'ai fait cette découverte en m'intéressant à autre chose : l'état du détroit de Gibraltar au dernier maximum glaciaire il y a 19 000 ans. J'ai tout de suite repéré un haut fond à la sortie atlantique du détroit. Ce haut fond actuellement à 55 m était alors une île émergée et j'ai fait remarquer à mon collègue marocain que plein de gens cherchaient depuis 2000 ans une île submergée à la sortie du détroit et qu'il y en avait bien une que personne n'avait jamais repérée… Je lui ai dit en plaisantant que nous avions mis le doigt sur la fameuse Atlantide. Ce n'est qu'ensuite, en revenant de plus près sur la question, que c'était peut-être plus intéressant qu'une simple galéjade !

Platon, dans le "Timée", parle d'une île dramatiquement engloutie par des séismes et des tsunamis à la sortie des colonnes d'Héraclès (Gibraltar). Il décrit le paysage avant l'engloutissement de l'île et estime la date du cataclysme à 9000 ans avant lui. Plus tard, à la fin de sa vie, il reprend le thème de l'Atlantide en imaginant la vie et le régime politique de ces Atlantes. Il transpose, comme il y fait allusion dans le "Timée", le gouvernement idéal imaginé dans l'ouvrage "La République", un modèle philosophique qu'il plaque sur l'histoire de l'Atlantide qu'il assure être réelle et venue des écrits égyptiens des prêtres de la ville de Saïs.

La géologie de cet endroit montre qu'il y a eu une île disparue à la fin de la dernière glaciation. On sait que la zone est très sismique avec l'exemple historique du séisme et du tsunami qui ont détruit Lisbonne en 1755. Des carottages effectués par les géologues portugais et espagnols dans le golfe de Cadiz ont démontré que le séisme de Lisbonne n'était pas isolé dans le temps mais qu'il avait été précédé par plusieurs épisodes sismiques. Le dernier mis en évidence date de 12 000 BP (avant le présent) - la date indiquée par Platon - et que ce séisme a été 6 fois plus important que celui de Lisbonne, et accompagné selon les géophysiciens d'un effondrement cosismique d'une dizaine de mètres de tous les secteur de cette île du cap spartel.

D'ailleurs, le paysage avant l'engloutissement de l'île correspond trait pour trait à celui décrit par Platon.

La ville de Troie 

Jean-Loic Le Quellec : Troie n’est pas un très bon exemple, dans la mesure où rien ne prouve que la ville fouillée par les archéologues corresponde bien à celle des anciens textes. Pour l’instant, cela ne relève que de l’hypothèse. Et même si c’était avéré, cela ne nous dirait pas grand-chose sur la véracité des mythes, car ceux-ci, bien évidemment, sont construits sur le réel. On y parle de choses imaginaires, certes, mais surtout d’animaux réels, de sentiments réels, d’éléments naturels réels, et de lieux réels. Que des lieux réels se trouvent donc évoqués dans des mythes, cela n’est pas cela qui fonde leur véracité. C’est hélas un lieu commun répandu que de dire que "dans les légendes, il y a toujours un fond de vérité". C’est la porte ouverte à un réductionnisme qui n’est que trop répandu, car dire cela conduit généralement à croire qu’une fois qu’on aurait retrouvé ladite "vérité", alors la légende serait élucidée. C’est entièrement faux, et résulte généralement d’une très mauvaise connaissance de la matière mythique et légendaire. 

Le plus bel exemple de vérification d’une tradition orale ancienne par l’archéologie que je connaisse est le suivant. Il est souvent affirmé que la mémoire orale ne peut remonter au-delà de deux ou trois générations, mais plusieurs contre-exemples sont parfaitement documentés. Ainsi, aux îles Shepherd (Nouvelles-Hébrides), les travaux conduits par José Garanger en 1976 ont permis d’attester archéologiquement la factualité de la plupart des faits mentionnés dans les mythes de Kuwae et de Roy Mata. Selon les mythes rassemblés antérieurement par Jean Guiart, l’île légendaire de Kuwae aurait disparu par suite d’une éruption volcanique, et le seul rescapé aurait été le héros Ti Tongoa Liseiriki, qui organisa la colonisation des îles Shepherd, et qui aurait été inhumé au village de Panita, à Tongoa, en compagnie de ses épouses et d’une partie de sa suite. Le récit légendaire précise que les corps furent entourés d’un cercle de coquillages et que des stèles basaltiques furent dressées sur la sépulture… 

Tout cela fut vérifié ultérieurement par les archéologues, qui ont daté ces événements du milieu du XVe siècle de notre ère. Quant à Ti Tongoa Liseiriki, il s’agit d’un autre héros fondateur dont les mythes disent qu’il aurait vécu longtemps avant Roy Mata et qu’il aurait fondé la fête quinquénale dite "de la paix" ; il aurait été inhumé dans l’îlot corallien de Retoka ; des sacrifices auraient alors eu lieu et une partie de sa suite aurait été ensevelie vivante ; après les danses et chants funèbres, l’îlot fut déclaré fenua tabuy ("terre interdite"), et nul n’y serait retourné sans danger de mort. Là aussi, les fouilles entreprises ont tout confirmé.

Ces exemples parfaitement documentés sont très intéressants, car incontestables, mais ils concernent en réalité davantage des récits relevant de l’épopée que des mythes proprement dits. Ceci étant dit, de tels exemples nous disent simplement que certaines narrations traditionnelles anciennes sont construites sur des événements historiques précis, mais il ne faudrait surtout pas réduire à cela la question de la "véracité" du mythe en général. C’est une question beaucoup plus complexe que cela, car en deux mots, on peut dire que le mythe dit toujours le vrai pour la société au sein de laquelle il s'énonce. Ce n’est que pour les autres peuples (qui, eux, tiennent pour vrais d’autres mythes) qu’il peut apparaître comme "faux". Cela se vérifie partout, et toujours, et cela fonde même la reconnaissance du mythe, qui n’est reconnu comme tel que par l’altérité, la distance, prise par celui qui, du fait de sa propre culture, n’y reconnaît pas le vrai, ou alors seulement dans les détails (l’existence d’une tombe, d’une ville, etc.).

Propos recueillis par Thomas Gorriz

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (2)
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Pompon
- 27/06/2016 - 08:23
Traditions orales immémoriales
La principale objection au mythe de la colonisation de la Polynésie par des navigateurs d'Amérique du Sud a été réfutée par Thor Eyerdahl (cf l'expédition du Kon-Tiki). Ca n'en fait pas une vérité gravée dans le marbre pour autant mais de multiples coïncidences et correspondances entre la civilisation polynésienne et la civilisation péruvienne sont très troublantes
Le village de Rochechouart ("la roche a chu") est ainsi nommé bien avant que les géologues ne réalisent qu'une énorme météorite tombée depuis la nuit des temps ne creuse le cratère où ce village est installé.
Le passage de la Mer Rouge n'a été scientifiquement expliqué que très récemment.
Etc.
Wortstein
- 15/05/2016 - 15:32
j'adore ces histoires
On reste môme en lisant cet article; un vrai plaisir. Manque que les cartes....