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Fluctuat nec mergitur

Pourquoi l’opération Barbarin a fait long feu

Publié le 20 avril 2016
Le coup monté des initiateurs de l'affaire Barbarin risque fort probablement d'être un échec. Les fait reprochés au cardinal, à savoir la "non information d'atteintes sexuelles sur des mineurs de moins de 15 ans" sont en réalité bien minces. Sans compter qu'on ne fait pas tomber un prélat comme on fait tomber un ministre.
Roland Hureaux
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Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes...
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Le coup monté des initiateurs de l'affaire Barbarin risque fort probablement d'être un échec. Les fait reprochés au cardinal, à savoir la "non information d'atteintes sexuelles sur des mineurs de moins de 15 ans" sont en réalité bien minces. Sans compter qu'on ne fait pas tomber un prélat comme on fait tomber un ministre.
 

Si le but de l'opération Barbarin était de jeter un peu plus de trouble dans une France déjà gravement déboussolée, dont l'Eglise affaiblie et intimidée par le "monde" ne semble plus à même d'offrir une alternative à l’islamisation, alors l'opération a réussi. Si le but était, par contre, comme il est probable, de faire démissionner le cardinal, elle semble faire long feu. 

Les initiateurs de l'affaire, dont nul ne doute quelle ait été en partie montée, comme le démontre l'article brillant d'Eric Verhaeghe (1), avaient décidé de régler leurs comptes aux principales figures de proue de la Manif pour tous. Virginie Telenne (alias Frigide Barjot), après avoir perdu sa place dans le monde du spectacle, a été, avec ses enfants, expulsée de son appartement à la demande de la Ville de Paris pour un motif léger, sur fond de campagne de presse unilatérale. D'autres dirigeants connus ne trouvent pas de travail. Dans le clergé, le cardinal Philippe Barbarin était le plus en vue tant par ses prises de position que par sa participation aux manifestations, lesquelles ne faisaient pas peur à ce sportif. Les initiateurs de l’affaire, sans doute proches de la LGBT et partie prenante à une opération internationale de déstabilisation de l'Eglise catholique dans son ensemble, rayent sans doute les noms, à mesure, sur leur liste.  

Ceux qui font pression sur Mgr Barbarin s'imaginent qu'on fait tomber un prélat comme on fait tomber un ministre : à coup de sondages, de pétitions ou de campagnes de presse (en l'espèce, certaines agences de presse, largement relayées par les médias, y compris catholiques, ne chôment pas). Ces initiateurs n’imaginent pas qu’avant de prendre une telle décision, quelqu’un comme l’archevêque de Lyon se recueillera quelques heures devant le Saint-Sacrement, se souvenant du dernier verset des Béatitudes :

"Heureux êtes vous si l'on vous insulte si l'on vous persécute, et si l'on vous calomnie de toute manière à cause de moi. Soyez dans la joie et l'allégresse car votre récompense sera grande dans les cieux" (Mt 5 11-12).

Le cardinal Barbarin n'est peut-être pas dans la joie et l'allégresse mais il est certain que les conseils de l'Esprit-Saint auront pour lui plus de poids que ceux de M. Valls.  

Le recul de la civilisation chrétienne ne se marque pas d'abord au recul du nombre de prêtres ou de pratiquants, mais à l’ignorance croissante de choses de l'Eglise. Le petit père Combes n'aimait pas le catholicisme mais il le connaissait. On peut en douter des socialistes d'aujourd'hui (et pas que d'eux). Personne n'a peut-être rien écrit d’aussi sévère pour le milieu clérical que L'imposture de Bernanos mais lui savait de quoi il parlait. Cette ignorance est pénible aux croyants car elle témoigne d'un profond mépris pour une réalité sur laquelle il ne parait même plus utile à leurs adversaires de s'informer. Mais elle est surtout le signe d’un recul de la civilisation où les mille et une subtilités auxquelles l'Eglise catholique a formé l’Occident, Voltaire compris, cèdent la place à la grossièreté, aux simplifications idéologiques et, à terme, à la barbarie. 

Le cardinal-archevêque de Lyon a reçu l'appui d'un nombre impressionnant de personnalités, dont plusieurs académiciens et professeurs d'université qui l’ayant approché, en connaissent les immenses qualités. 

De quoi se mêle Valls ? 

Les résultats mitigés de l'opération de déstabilisation tiennent aussi au nombre de gens, pas forcément croyants, qui ont été choqués par la déclaration du Premier ministre Manuel Valls demandant au cardinal de "prendre ses responsabilités". Cette  déclaration constitue une entorse tant au principe de séparation de l'Eglise et de l'Etat  qu'à celui de la présomption d'innocence (2). Mais s'agissant de Valls, n'est-ce pas plutôt le ridicule qu'il faut retenir !   

Présomption d'innocence ? Le cardinal s'est excusé auprès des victimes. Peut-être en effet a t-il été imprudent ? Mais aucun juriste sérieux ne croit qu'une des enquêtes en cours conduira à autre chose qu’un non-lieu. 

Et comment ne pas s'étonner que, dans ces affaires, le nom des accusés, dont un seul a été condamné, soit livré en pâture au public, alors que celui de leurs accusateurs est tenu secret.  

Etranges affaires au demeurant : les plus assurées ont précédé de plusieurs années la nomination de Barbarin à Lyon (2002) et elles portent sur des prêtres dont la conduite a été irréprochable au cours des années où il a été archevêque. Pour les deux qui se sont présentées sous son ministère, il avait été notoirement impitoyable. Il a immédiatement conseillé à la jeune journaliste de Mag2Lyon qui, en août dernier, lui faisait croire de manière mensongère, pour le tester, qu'elle avait été violée par un prêtre, de porter plainte, sans se douter que c'était peut-être là le signe qu'une machination se tramait. 

Nous n'aimons pas beaucoup l'appellation de pédophilie, la philia étant tenue par les Grecs pour un des sentiments les plus élevés. S 'agissant plutôt d'eros, il faudrait dire pédérastie, si le terme n’était déjà préempté. On se contentera de pédomanie. Pourtant, une seule des trois ou quatre des affaires évoquées relève de cette espèce, les autres, dont toutes ne sont pas avérées, ne concernent pas des mineurs de moins de 15 ans, seuls protégés par la loi (Dieu sait combien la gauche a lutté pour abaisser cette limite). Il s’agit, disons-le tout net, d’homosexualité pure et simple. La drague homosexuelle est sans doute une faute grave au regard de la discipline ecclésiastique. Mais depuis quand le lobby LGBT et ses sympathisants la tiennent-ils pour criminelle ? A moins qu'on ait eu affaire à un viol, ce qui supposerait chez le prévenu la carrure du Gérard Depardieu des Valseuses !  

Un seul fait concerne des mineurs, scouts ayant fait l'objet d’attouchements et elle s'est produite il y a 25 ans. Le père Preynat, dénoncé puis réintégré par le cardinal Decourtray, alors archevêque de Lyon, a ensuite rempli, ses anciens paroissiens de la région de Roanne en témoignent, son ministère de manière exemplaire.  Il a été mis à l’écart en 2015. 

Un dossier bien mince

Au total, les faits que l'on pourrait reprocher au cardinal sont bien minces et on ne peut que s'étonner que parmi ces plaignants qui se réveillent au bout d'un quart de siècle, figure un haut-fonctionnaire, victime respectable peut-être, mais chargé de la communication (c'est à dire de la propagande) dans un gouvernement connu pour son hostilité à l'Eglise catholique : le ministre de l'Intérieur n'est-il pas allé jusqu'à dire que l'évocation de racines chrétiennes de la France lui paraissait "nauséeuse" ? Cette hostilité s’est étendue aux chrétiens d'Orient pour lesquels Barbarin s'est plus que tout autre démené et dont les assassins ont reçu pendant quatre ans armes et entrainement du gouvernement français. 

Quelque horreur qu'inspire un acte de pédomanie commis par un prêtre, le cardinal est d’abord victime de l’air du temps. Un temps qui, malgré les appels du pape François, ignore la miséricorde. Certes la doctrine officielle prônée par Christiane Taubira est de préserver la possibilité d’amendement et de tout mettre en œuvre pour la réhabilitation des coupables, ce qui suppose une certaine confiance. Mais il est clair que notre époque, si indulgente à l'homosexualité, tient par un étonnant paradoxe la pédomanie pour le crime de crimes auquel cette possibilité de réhabilitation ne s'applique pas. Le cardinal Decourtray, en 1991, n'avait pas tenu le prêtre incriminé pour irrécupérable, lui laissant une seconde chance, ratifiée par Barbarin quand il a eu connaissance de l'affaire, soit cinq ans après sa prise de fonctions. La suite a montré qu'ils avaient eu raison, l'un et l'autre, de faire confiance.Peut-être ont-ils été imprudents mais que dire des juges qui remettent en liberté tant de criminels au repentir douteux ou de l’Education nationale qui se contente généralement de déplacer les enseignants pédomanes ? Valls a-t-il demandé à Najat Vallaud Belkacem de démissionner ? Le recteur de Grenoble et l'inspecteur d'académie qui ont laissé en place l'instituteur de Villefontaine, condamné en 2008 et accusé de viols d'enfants en 2015, ont-ils été sanctionnés ? 

Les encycliques sur ce sujet n’ont pas précisé, à notre connaissance que si la miséricorde est gratuite pour celui qui en bénéficie, elle peut coûter cher à celui qui la dispense, ce que les évangiles nous avaient appris depuis longtemps.  

(1) Atlantico, 5 avril 2015

(2) Et même de la séparation des pouvoirs. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Commentaires (4)
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karenotsoa
- 21/04/2016 - 00:42
désolée
pour les fautes, envoyé avant relecture...
karenotsoa
- 21/04/2016 - 00:41
La pulsion sexuelle
vis à vis des enfants n'est pas dépassable, tout juste "gérable" jusqu'à ce que la perversion rencontre de nouveau un contexte favorable à son expression et la castration chimique n'y change rien puisque la moitié des pédophile sont impuissants ou souffrent déjà de dysfonctionnement sexuels et nombreux utilisent des objets pour violer. Parler de miséricorde n'est certes pas du domaine de la psychopathologie mais il est inutile en tous cas d'attendre la moindre "guérison" de ces penchants hors norme. En dépit de discours démagogiques et des moyens considérables alloués à "l'accompagnement" des pédophiles et de la pratique des libérations pour bonne conduite parce que "tout le monde a droit à une seconde, troisième.. etc chance", cela fait des décennies que l'on enseigne aux spécialistes de ces conduites que la récidive est inéluctable et toutes les études sérieuses le prouvent. Réintégrer les amateurs de sexe avec des enfants dans la société, qu'ils soient prêtres ou enseignants et sans même parler de leur responsabilité, est juste criminel, c'est sacrifier nos plus fragiles sur l'autel de la bien-pensance et d'une idéologie "humaniste" mortifère.
jurgio
- 20/04/2016 - 14:05
Est-il encore nécessaire d'analyser la pensée de gauche ?
Toute son essence réside dans la haine religieuse qui lui tient lieu d'assise. La Gauche n'existe que par son opposition à tout ce qui combattrait son hypocrisie.