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Présidentielle américaine : à quel point dépendons-nous en Europe de ceux qui en détiennent les clefs (et notamment des 350 donateurs qui en financent la moitié) ?

Publié le 16 octobre 2015
D'un point de vue économique, militaire et diplomatique, l'Europe dépend encore largement des Etats-Unis, en dépit d'un certain désinvestissement dont Washington fait preuve, au profit des rivages et des côtes d'Asie. Les élections présidentielles de 2016 auront un impact certain sur la politique américaine et par conséquent sur la politique menée à l'égard du vieux continent. De quoi inquiéter Français, Allemands, Anglais et autres Européens.
Steven Ekovitch
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Steven Ekovitch est professeur de Sciences Politiques et d'Histoire à l'Université Américaine de Paris.
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Jacques Portes
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Jacques Portes est, depuis 1995, professeur d'histoire de l'Amérique du Nord à l'Université de Paris 8 Vincennes-Saint Denis. Il est agrégé d'histoire (1966), docteur de 3e Cycle (1974) de l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne,...
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D'un point de vue économique, militaire et diplomatique, l'Europe dépend encore largement des Etats-Unis, en dépit d'un certain désinvestissement dont Washington fait preuve, au profit des rivages et des côtes d'Asie. Les élections présidentielles de 2016 auront un impact certain sur la politique américaine et par conséquent sur la politique menée à l'égard du vieux continent. De quoi inquiéter Français, Allemands, Anglais et autres Européens.

Atlantico : D'après un article du New York Times (voir ici), seules 158 familles ont contribué à pratiquement la moitié des efforts financiers et soutiennent les candidats pour la pré-campagne. Dans quelle mesure leur soutien peut-il faire pencher la balance et quel impact peut-il avoir sur la politique menée par les candidats, s'ils accèdent au pouvoir ? Au sein de la nation, d'une part, mais aussi à l'international ?

Steven Ekovich : Il m'apparait important de rappeler un aspect primordial : il ne s'agit pas encore de la campagne officielle pour la présidence des Etats-Unis d'Amérique. Dans les faits, nous nous situons même avant ce qui fait office de primaires là-bas.

En deuxième lieu, je tiens à revenir sur plusieurs études menées par les politologues américains. Ceux-ci ont étudié le lien qui pouvait exister entre argent et vote et il s'avère que nous sommes aujourd'hui incapables de déterminer précisément qui suit qui. Est-ce que les votes suivent l'argent ou est-ce que l'argent suit les votes ? C'est difficile à dire. On pourrait penser que ces familles qui donnent et financent les campagnes le font vis à vis de candidats qui correspondent à leurs projets, ou à leur idéologie de telle sorte à ce que cet argent serve à pencher vers une politique qui corresponde à leurs intérêts économiques.

Dans l'article que vous mentionnez, de nombreux intérêts économiques sont représentés. Il me semble que le premier d'entre tous les secteurs c'est celui des finances et de la banque, mais on parle également des hydrocarbures... Il y a une panoplie d'intérêts très divers et c'est pourquoi il serait compliqué qu'un seul d'entre eux parvienne à dominer les autres. Quand bien même on imaginait une situation où le Président serait dominé (ce qui est déjà hautement improbable) par un seul intérêt économique, il devrait tout de même composer avec le Congrès. À un niveau national c'est, par conséquent, très compliqué – impossible, même je pense – pour un intérêt économique unique, de dominer l’exécutif. Quant au Congrès, il représente trop pour qu'un intérêt seul y parvienne. Ce n'est pas nécessairement aussi vrai au niveau régional : prenons l'Etat de Washington. Des entreprises comme Microsoft peuvent y avoir un poids tout particulier. Mais au niveau national... on a tendance à surestimer certains secteurs. Wall Street avait beaucoup d'influence sur le Président Barack Obama et aucun candidat n'avait récolté autant d'argent que lui. Indéniablement, Wall Street a joué pour beaucoup dans la réussite électorale de Barack Obama.

Cela traduit, à mon sens, le fait que ces familles avancent leur pions dans l'idée de protéger leurs intérêts économiques. Mais plus encore, je crois qu'il s'agit de la recherche d'un Etat qui pèse moins dans l'économie. C'est un objectif plutôt idéologique, qui ne rejoint pas forcément la défense de leur intérêt économique propre. C'est un intérêt partagé qui transcende l'ensemble des secteurs.  Si ce but est plutôt idéologique, c'est donc l'argent qui suit les votes ! Mais puisque, comme je le disais, les sources de financements sont multiples, elles sont également diluées et on se trouve dans une situation où il y a trop d'intérêts à faire valoir pour qu'un seul écrase les autres. En outre, il est beaucoup trop tôt pour savoir, néanmoins, si ces contributions pèseront véritablement dans la (pré !) campagne.

Jacques Portes : Cette concentration de la richesse n’est vraiment pas nouvelle dans la politique américaine, elle est très ancienne et a été accentuée par le jugement de la Cour Suprême, en 2010, qui a supprimé toute limite au financement.

Mais il y a deux sortes de donateurs, les uns choisissent un seul candidat et le financent tout ou partie, les autres arrosent plusieurs candidats pour faire face à toutes les situations.

L’effet de ce financement contribue, surtout dans le Parti Républicain, à des propositions fiscales favorables aux plus riches. Sans qu’il y ai besoin d’infléchir toutes les politiques suivies. Leur proposition commune est la baisse des impôts des plus riches, qui serait selon eux la base de la croissance. 

C’est pourquoi Bernie Sanders, sénateur du Vermont, et concurrent d’Hillary Clinton se vante de n’accepter aucun financement venant de Wall Street…

La 58ème élection présidentielle américaine aura lieu le 8 novembre 2016. Au vu et au su de la dépendance (au moins partielle) de l'Europe vis-à-vis des Etats-Unis, dans quelle mesure le résultat de cette élection est-il crucial également en Europe ? Selon la personnalité qui sortira gagnante de cette élection, les relations transatlantiques sont-elles susceptibles de changer ? Jusqu'à quelle ampleur ?

Steven Ekovich : Je doute que le fond des relations transatlantiques ne changera pas. Il est stable depuis bien trop longtemps pour évoluer radicalement du jour au lendemain, tant sur le plan économique que sur le plan social. Même sur le plan culturel ! D'une certaine façon, il n'est pas exagéré de dire que l'Europe et les Etats-Unis sont proches culturellement : les Etats-Unis héritent de la culture européenne. Tout ceci ne changera pas, en dépit du fait que, comme beaucoup de pays européens, les Etats-Unis sont un pays d'immigration.

Sur certains dossiers, on verra peut-être un infléchissement, comme cela pourrait être le cas sur le pacte transatlantique (TAFTA). Il existe des critiques qui viennent à la fois des Démocrates et des Républicains sur ce point spécifiquement : les Démocrates trouvent que le TAFTA compte trop peu de volets relatifs au social, par exemple, de même que les Européens. Ceci dit, Démocrates comme Républicains répondent à une idéologie libérale et souhaitent avant tout une plus grande ouverture du commerce extérieur, une liberté de commercer. C'est une donnée idéologique avec laquelle il faut compter, quand on s'intéresse aux relations transatlantiques, et qui ne risque pas de changer, sauf pour plus d'ouverture, peut-être.

Ce n'est pas le seul point d'infléchissement qui pourrait exister. Une autre question persiste : que faut-il faire vis-à-vis de la Russie ? Que faut-il faire de l'OTAN ? Quel est le rôle de l'OTAN, et surtout quel est celui des militaires européens face à l'endiguement des élans et des visées de Vladimir Poutine ? Là dessus, il y aura certainement plus d'un débat et plus d'une discussion. Les Américains demanderont probablement (comme ils l'ont déjà fait par le passé) un peu plus d'effort et un peu plus de participation de la part de leurs alliés Européens. Ils attendront une participation européenne plus appuyée dans le cadre d'opérations de démonstration militaire, sans nécessairement demander d'aller jusqu'à ouvrir le feu. Or le fait est qu'il n'existe que deux armées en Europe : celle de la Grande-Bretagne et celle de la France.

Jacques Portes : Les changements ne seront pas considérables, car l’Europe n’est pas un enjeu aux États-Unis. Fondamentalement, les deux partenaires sont alliés et le traité transatlantique ne fait pas beaucoup de vagues.

Si Hillary Clinton l’emporte, les changements devraient être cosmétiques. Si une républicain extrême  arrive à la Maison-Blanche on peut s’attendre à une dénonciation  des habitudes européennes, quasi socialistes, et surtout à un égoïsme américain renforcé, par des hommes qui ont des tendances populistes protectionnistes. Mais il est peu probable que l’OTAN et les autres éléments d’alliance soient modifiés.

Durant les deux mandats Obama, les Etats-Unis se sont davantage concentrés sur une politique intérieure. Tandis qu'ils se désinvestissaient de l'Europe, celle-ci en a-t-elle profité pour s'émanciper ? Dans quelle mesure ?

Steven Ekovich : Aujourd'hui, le principal intérêt américain se situe dans le pacifique, en Asie. Pour autant, cela ne se fait pas aux dépends de l'Europe, à qui les Etats-Unis ne tournent pas le dos. Il ne faut pas garder cette image-ci en tête : elle est fausse.  La notion de "rebalancing" consiste à mettre plus de moyens, qu'ils soient économiques ou sécuritaires, derrière le pacifique. Cela ne signifie pas en ôter en Europe : la région qui "souffre" de ce retrait, c'est bien le Moyen-Orient.

 

Quant à savoir si l'Europe est plus indépendante aujourd'hui qu'en 2008, à l'élection de Barack Obama... Militairement, certainement pas. Sur le plan économique, les relations font que le tissu économique, commercial et financier est tellement dense qu'il n'y a pas la possibilité (tant pour les Etats-Unis que l'Europe) de prétendre à une véritable indépendance, une vraie émancipation de l'Europe. Nos économies sont tellement imbriquées que cela n'est pas possible, et les Etats-Unis sont à ce titre-là dans une situation similaire que l'Europe, bien qu'ils sont un peu moins dépendants que ne l'est l'Europe. Mais les relations transatlantiques restent essentielles pour les deux et c'est pourquoi elles ne changeront que peu, sur des points de détails très ponctuels.

Jacques Portes : La question n’est pas celle-là. Les États-Unis n’ont pas, dans la période récente, empêché l’Europe de s’émanciper. Mais l’Europe n’en est pas capable pour des raisons multiples, qui viennent du manque de politique distincte européenne, du manque de volonté.

Barack Obama a d’abord extrait son pays d’Irak et d’Afghanistan, ensuite il n’a trouvé de politique syrienne, en partie à cause du Congrès, et  se trouve maintenant gêné. Mais il a pris les initiatives pour signer avec l’Iran et en janvier dernier pour renouer avec Cuba.Mais il ne faut pas oublier que les débuts de son mandat ont été consacrés à la solution de la crise de l’industrie automobile américaine et au vote de sa loi sur la santé. 

En connaissance des soutiens d'Hillary Clinton et des promesses qu'elle sera probablement amenée à leur faire pour qu'ils continuent de financer sa campagne, peut-on dire à quoi ressemblerait la relation transatlantique si elle était élue ? Qu'en est-il de Donald Trump, par exemple ?

Steven Ekovich : Donald Trump ne sera pas élu : nous ne sommes que dans une phase de spectacle politique, pas dans la véritable campagne aujourd'hui. Seulement les pré-campagnes. Tout le monde, ou presque, est le bienvenu. Il fait son numéro pour avancer la marque "Donald Trump", mais il est inconcevable qu'il soit le candidat des Républicains à l'élection présidentielle. Les deux candidats auquel il est légitime de s'attendre pour l'heure, c'est Hillary Clinton pour les Démocrates et Jeb Bush (a priori) pour les Républicains. Il y a, des deux côtés, l'organisation l'appareil et l'argent. L'argent peut bouger en fonction des sondages, mais pour l'instant, c'est ainsi que s'ancre la situation.

Si Hillary Clinton était élue, cela changerait peu. Qu'il s'agisse d'un Républicain ou d'un Démocrate à la Maison Blanche, les changements vis à vis de la relation transatlantique resteraient profondément marginaux. Nous sommes trop liés, depuis trop longtemps pour qu'il en soit autrement. Cela fait plus de trois siècles !

Jacques Portes : La politique d’Hillary Clinton sera sans doute favorable à l’Europe, dans la mesure ou la bonne entente se maintient, mais les fluctuations du dollar et des taux d’intérêt pèseront forcément dans un sens ou un autre.

Donald Trump se présente comme un américain nombriliste, convaincu de sa réussite financière due aux libertés américaines et il se moque de toute sophistication intellectuelle. Il est probable que l’incompréhension serait grande entre lui et les Européens. Mais il ne devrait pas être élu….

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Commentaires (2)
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valencia77
- 14/10/2015 - 22:11
clinton
Un jugement de conne. Elle a vote pour la guerre en Iraq a cause des desinformations recues. L'Iraq un danger pour le monde? 21 millions d'ignorants et un pays sans industie lourde? Elle est pour qui et quoi cette idiote? Une autre Obama...
Texas
- 13/10/2015 - 21:55
Jeb Bush...
....candidat des Républicains ? ...avec 1, 22 % d' intentions de vote au dernier sondage de Matt Drudge contre 52, 88 pour Donald Trump , c' est une plaisanterie ? .