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Bonne fête papa

Comment s’en sortent les pères face aux injonctions contradictoires qu’on ne cesse de leur envoyer ?

Publié le 17 juin 2016
Ce dimanche la France célèbre les papas. L'occasion de revenir sur un rôle qui a beaucoup évolué au cours des décennies précédentes. De figure tutélaire de l'autorité, le père passe au statut de parent à part entière... tout en risquant de se transformer en "mère bis".
Dr Stéphane Clerget
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Le Dr Stéphane Clerget est médecin psychiatre et pédopsychiatre, diplômé d'histoire de la médecine. Il est auteur de très nombreux ouvrages. Il exerce à Paris.
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Ce dimanche la France célèbre les papas. L'occasion de revenir sur un rôle qui a beaucoup évolué au cours des décennies précédentes. De figure tutélaire de l'autorité, le père passe au statut de parent à part entière... tout en risquant de se transformer en "mère bis".

Atlantico : Aujourd'hui est le jour de la fête des pères. Quelle photographie peut-on faire de leur rôle dans la famille actuelle ?


Dr Stéphane Clerget : Les pères occupent bien entendu une place fondamentale dans l’éducation de leurs enfants et notamment dans leur construction identitaire en tant que modèle masculin auprès de leur fils comme de leur fille. Leur rôle apparaît moins figé qu’autrefois et ils sont présents dès l’accouchement (et ne sont plus maintenus à l’écart dans les couloirs de la maternité) pour ensuite participer aux soins dit (encore) de maternage du nouveau né. Mais aujourd’hui encore ils se sentent trop souvent les assistants de leur compagne qu’il cherche à "aider" plus que de véritables associés. Beaucoup refusent désormais de n’être qu’un symbole d’autorité et ont à cœur d’être présents aux différentes étapes du développement du bambin. C’est dans l’éducation des filles que leur implication a le plus progressé tandis qu’autrefois elle n’était l’affaire que des femmes de la famille. Les filles grâce à cela gagnent en assurance. Encore faut il qu’ils soient présents. Avoir un enfant avec un homme, donner un père à son enfant, devient une liberté de femme : elle seule peut en décider. Et s’il peut reconnaître son enfant, en cas de séparation, il est trop souvent condamné à ne pouvoir l’élever dans son studio que deux weekend par mois.

Comment ce rôle a-t-il pu évoluer depuis 1968, date à partir de laquelle la société a commencé à vouloir le redéfinir ?

Le rôle paternel a peu changé au cours des siècles jusqu'à l’époque contemporaine. Il détenait seul l’autorité sur sa femme et ses enfants. Et en son absence, le patriarcat sociétal prenait le relais. Et l’image du père, son autorité, étaient alors dévolus à des figures tutélaires masculines. Cependant l’éducation des filles et des jeunes garçons n’était globalement que l’affaire des mères. Le père dominait la maison mais l’éducation au quotidien, le ministère de l’intérieur, était un champ de compétence maternel. L’égalité des droits entre hommes et femmes, acquise progressivement depuis le milieu du XXe siècle et l’autorité parentale désormais commune dans les années 70 en France a redistribué les rôles. Mais alors que les femmes ont su prendre toute leur place dans la société et notamment les postes de pouvoir, les hommes ont tardé en tant que père à faire de même dans les territoires dont ils étaient jusqu’alors exclus. Qu’il s’agisse des champs professionnels comme celui de la petite enfance mais surtout du champ domestique, ils ne s’y sentent pas toujours, loin s’en faut, aussi légitimes que les femmes.

Entre injonctions d'indifférenciation vis-à-vis du rôle de la mère, les sociologues préférant parler de "parentalité" pour gommer les différences entre les deux, et celui d'accomplir leur rôle spécifique, comment s'y retrouvent-ils actuellement ?

Difficilement. Ils manquent de modèles. Celui de leur père a pu être insatisfaisant en raison de son absence au quotidien ou apparaître inadapté s’ils ont été éduqués "à l’ancienne". Leur mère est alors le modèle dominant pour s’occuper des jeunes enfants mais ils ne s’y retrouvent pas toujours pour des raisons identitaires et éducatives. Les nouveaux pères qui font ce choix en font parfois des tonnes avec un perfectionnisme ou un jusqu'au boutisme qui rappellent celui des premières femmes qui accédaient à des postes de responsabilités et se devaient de faire mieux que les hommes. Pour les autres, il s’agit d’inventer une nouvelle identité paternelle qui reste encore à définir sur un plan sociologique. On est à l'heure de l'expérimentation et les jeunes pères ne se sont jamais autant qu'aujourd'hui passionnés pour les sciences de l'éducation et la psychologie de l'enfant. Sur un plan psychologique justement, les garçons de ces nouveaux pères seront plus à l’aise pour investir au quotidien l’éducation de leurs propres enfants car alors cette fonction sera en concordance avec leur modélisation identitaire (autrement dit conforme a leur sexe). L’avenir est certainement des façons d’être père diverses sans pour autant une indifférenciation avec les façons d’être des mères aux yeux de l’enfant. En effet dès l’âge de quelques mois ce dernier perçoit une différence des sexes et l’interprète à sa manière.

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Commentaires (3)
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Mkutch
- 22/06/2015 - 10:27
Et alors?
Ben vla d'ben belles découverrrtes! Psy, vous avez dit?
Gré
- 21/06/2015 - 11:57
"En effet dès l’âge de
"En effet dès l’âge de quelques mois ce dernier perçoit une différence des sexes et l’interprète à sa manière." ------------ Eh bien ! Voilà qui promet du travail aux féministes enragées adeptes de la théorie du gente. Bientôt ce ne sont plus les écoles maternelles qu'elles devront investir, mais les crèches ...
- 21/06/2015 - 09:42
Décades ou décennies ?
Bonjour l'anglicisme ! Dans le chapeau, on nous parle des "décades précédentes". Il s'agit naturellement des "décennies précédentes". Si decade, en anglais, se traduit par dix ans, décade, en français, signifie période de dix jours (du latin Dies=jour). A part cette faute, le papier n'offre guère d'intérêt...