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"La France est le pays des 140 fromages. Parmi eux il en est certains, qualifiés de fromages de la république, qui ont un goût de revenez-y."
© Reuters
"La France est le pays des 140 fromages. Parmi eux il en est certains, qualifiés de fromages de la république, qui ont un goût de revenez-y."
Du bleu à Beaubourg

La France des 365 fromages : le bal des nominations indignes à la tête des institutions de la République

Publié le 21 mai 2015
Lors de sa campagne électorale de 2012, François Hollande avait promis d'encadrer les nominations de procédures transparentes afin d'éviter tout favoritisme. Un engagement non tenu, Serge Lasvignes ayant été récemment nommé à la tête de Beaubourg alors qu'il n'a aucune expérience dans le domaine artistique.
Rodolphe Bosselut
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Rodolphe Bosselut est avocat à la cour. Il intervient régulièrement dans les médias.
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Lors de sa campagne électorale de 2012, François Hollande avait promis d'encadrer les nominations de procédures transparentes afin d'éviter tout favoritisme. Un engagement non tenu, Serge Lasvignes ayant été récemment nommé à la tête de Beaubourg alors qu'il n'a aucune expérience dans le domaine artistique.

La France est le pays des 140 fromages. Parmi eux il en est certains, qualifiés de fromages de la république, qui ont un goût de revenez-y.

Ils seraient plutôt du type Gruyère avec de nombreux trous que l'Etat s'emploie à boucher régulièrement sur le thème des chaises musicales.

Les citoyens assistent médusés à un ballet de nomination dont les arcanes leur échappent de bout en bout. Sauf, peut-être pour les plus attentifs, qui notent que certains nominés reviennent de façon récurrente et se succèdent les uns aux autres à la tête d'institutions aussi prestigieuses que le CNC, Radio France, France Télévisions, l'INA etc...

A l'étonnement initial ont bientôt succédé les interrogations puis les critiques.

La classe politique se devait de réagir.

Ainsi en 2007 le candidat Nicolas Sarkozy s'engageait-il à mettre en œuvre dorénavant un processus de nomination transparent : " Je proposerai la ratification des principales nominations de fonctionnaires ou dautorités par les commissions compétentes de lAssemblée, afin quelles ne soient plus le produit de la connivence, mais de la compétence ".

Las, cette promesse vite oubliée, les nominations aux postes les plus divers (Versailles,INA, France Télévision, Beaubourg....) ont été décidées par le seul Président de République sur des critères connus de lui seul et de quelques affidés et, on l'espère, du nominé lui-même. Mais à vrai dire nous n'en sommes même pas sûrs.

Il est vrai qu'il faut être naïf comme un électeur pour imaginer que l'engagement d'un candidat pourrait obliger un Président.

Le retour du mois de mai ne signe pas que celui du printemps mais également, tous les 5 ans, celui des illusions.

Mai 2012 n'a pas dérogé à la règle.

Monsieur "Moi Président" qui jurait la mise en œuvre d'un pouvoir exercé à la scandinave, c'est à dire une présidence "normale", allait notamment encadrer les nominations dans des procédures claires, exemptes de toute connivence et fondées sur des critères plus professionnels.

Ainsi à titre d'exemple récent Serge Lasvigne, secrétaire général du gouvernement, a été nommé Président du centre Beaubourg.

Face aux remous suscités par sa nomination improbable, l'impétrant a reconnu benoîtement n'avoir pas "d'expérience artistique", mais a expliqué vouloir "revenir à l'idée originelle du Centre, défini comme un lieu culturel global où la création est en train de se jouer".

Ce qui dans la langue commune de la haute fonction publique signifie qu'il est aussi apte qu'un autre diplômé de L'ENA pour tenir le poste.

Au terme d'une pulsion d'honnêteté intellectuelle il avait concédé cet aveu en reconnaissant être en demande de "changement pour sa carrière" et s'être simplement porté candidat pour remplacer Alain Seban, en poste depuis huit ans...

Précision faite que ce dernier rejoindrait son corps d'origine, le Conseil d'État.

Si Fleur Pellerin, ministre de la Culture qui revendique avoir proposé elle-même la candidature de Lasvignes au président de la République a volé au secours de l'ancien secrétaire général en indiquant "Il a l'une des plus belles expériences dans le domaine administratif" [(sic) on a entendu de meilleures plaidoiries...], l'ancienne ministre de la Culture Aurélie Filippetti a quant à elle dénoncé "un retour à des pratiques que nous critiquions...On aurait pu s'épargner cette polémique par une procédure irréprochable".

Bref au pays des fromages la tradition se perpétue et l'entre-soi a la vie dure.

Cette culture est tellement enracinée que même lorsque le processus de nomination est quelque peu encadré ou confié à une autorité indépendante les errements originels perdurent.

Ainsi pour les établissements de l’audiovisuel, pour lesquels ( Gloire à la présidence Hollande tenue par sa promesse électorale !!) le pouvoir de nomination a été transféré au CSA, le choix s'avère également politique et non dicté par de simples considérations de compétence professionnelle.

Le CSA a choisi de montrer son indépendance en désignant ceux qui étaient censés ne pas être les candidats de l’Etat... Un choix de contre-pied ou de contre programmation comme on dirait au cinéma.

Encore que les dernières révélations sur la nomination de Madame Ernotte mettent à mal cette récente volonté de se présenter comme irréprochable.

L’important au final devient l’image du candidat qui assurera par rebond au CSA la preuve de son indépendance. Plus le nominé sera éloigné des favoris habituels (énarques en quête de postes, anciens Présidents d'institutions en fin de mandat, "candidat Pompadour" dont l'élévation est plus directement le fait du ou d'un prince, renvoi d'ascenseurs etc..) sa nomination sera non-critiquable mais au détriment du besoin réel du poste à pourvoir.

Est-il illusoire dans une démocratie adulte de rêver à un processus de nomination à l'instar d'un recrutement classique avec une définition préalable des besoins du poste et un choix dicté par des considérations de pure compétence professionnelle ?

La main sur le cœur l'Etat s'y engage à chaque fois...

Or après le fiasco de la présidence d’Agnes Saal, et le scandale des frais somptuaires de taxis il est assez étrange qu'il n’ait toujours pas annoncé comment il comptait procéder pour désigner son successeur au sein de l'INA.

Pas d’appel à candidatures,  pas d’appel à projets !!

Les tractations se font mezza voce et en catimini au sein des ministères concernés et moins concernés.

Ne pouvant compter sur une procédure de désignation digne de ce nom, qui ne prêterait pas le flanc aux soupçons de favoritisme, l'évolution vers de bonnes pratiques ne pourra se juger que par le choix final.

Aurons-nous enfin une bonne surprise ?

On peut rêver d'autant que nous sommes en mai....

 

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Commentaires (2)
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Malaparte
- 21/05/2015 - 12:36
Des nouvelles du front
La "madone des taxis" (60 000 euros à l'ardoise) vient de retrouver un
job spécialement bichonné pour elle au ministère de la culture.
Chapeau l'artiste, mais elle c'est pas une intermittente du spectacle, elle émarge plein pot au budget du ministère.
Texas
- 21/05/2015 - 10:18
Le fameux..
"...droit à la reussite et à l' excellence " ! . Excellence : Appartenir à la bonne chapelle , au bon moment , avec les faveurs du Roi .