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En France l'éternel débat sur la légalisation de l'euthanasie continue.
© Reuters
En France l'éternel débat sur la légalisation de l'euthanasie continue.
Fin de vie

Euthanasie : le regard lucide d’un médecin belge sur les bénéfices et les dérives de la loi appliquée dans son pays

Publié le 21 janvier 2015
En France l'affaire Vincent Lambert continue, comme l'éternel débat sur la légalisation de l'euthanasie. En Belgique, cela fait plus de dix ans qu'elle a été mise en place. Corinne Van Oost est une médecin belge de confession catholique, mais elle a petit à petit accepté d'aider certains patients à mourir. Elle revient sur son expérience, ainsi que sur les avancées et les dérives du système belge.
Corinne Van Oost
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Corinne Van Oost est médecin en soins palliatifs à la clinique d'Ottignies, située en Belgique francophone Chrétienne engagée et mère de trois enfants, elle accepte d'accéder au souhait de certains patients qui veulent qu'on les aide à...
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En France l'affaire Vincent Lambert continue, comme l'éternel débat sur la légalisation de l'euthanasie. En Belgique, cela fait plus de dix ans qu'elle a été mise en place. Corinne Van Oost est une médecin belge de confession catholique, mais elle a petit à petit accepté d'aider certains patients à mourir. Elle revient sur son expérience, ainsi que sur les avancées et les dérives du système belge.

Atlantico : Comment en êtes-vous, vous, médecin catholique, venue à aider certains patients à finir leurs jours alors que vous n'étiez pas du tout une militante en faveur de l'euthanasie ?

Corinne Van Oost : Je ne suis toujours pas une militante en faveur de l'euthanasie, mais je souhaitais accueillir au sein du service de soins palliatifs des patients qui en ont droit. Si j'accueille quelqu'un dans ce service je dois l'accepter avec sa propre philosophie : s'il penche pour l'euthanasie, je peux au moins écouter la souffrance qui l'amène à cette demande. Pour avoir droit à l'euthanasie en Belgique il faut être en souffrance, et le but des soins palliatifs est de soulager les personnes en fin de vie : avant de pratiquer l'euthanasie je dois donc essayer de soulager le malade, c'est mon travail de médecin. En tant que médecin catholique, je mets ma foi au second plan car c'est le patient qui importe et pas mes convictions. Même s'il demande une euthanasie active, je dois avant cela lui proposer tout ce qui est possible, dont les soins palliatifs. C'est quelque chose qu'on a souvent du mal à saisir en France, en Belgique on euthanasie seulement les gens très malades et en souffrance.

>>>>>>>>>> A lire également : Pourquoi l’euthanasie n’est malheureusement qu’une barbarie douce dans laquelle on sombre avec les meilleures intentions du monde

Que pensez-vous de la généralisation de la pratique en Belgique, pays très en pointe dans ce domaine ?

Nous ne sommes pas vraiment dans une généralisation : seuls 2% des décès sont le résultat d'une euthanasie. Cela reste une solution de fin de vie, on ne fait que raccourcir la vie de quelques heures ou jours, mais rarement de quelques semaines. Dans la plupart des cas, le décès naturel était attendu à brève échéance, c'est-à-dire dans les moins de 6 mois. Cela ne concerne que des gens très malades. Il ne s'agit donc pas d'une généralisation mais du respect et de l'écoute du patient. Quand il estime être arrivé à ses limites en matière de souffrance, on l'écoute et on ne l'oblige pas à continuer sa vie à tout prix. Je pense que c'est une diminution du pouvoir médical et une augmentation du pouvoir du patient. C'est avant tout un respect des limites de celui-ci. Par contre tout cela mène à une généralisation des soins palliatifs.

Il y a quelques mois, la Belgique a étendu le droit à un enfant très malade de demander la mort, et qui a beaucoup été abordé dans les médias étrangers. Vous, qu'en avez-vous pensé ?

Cette loi est encore plus restrictive pour un enfant que pour un patient adulte car elle est  seulement liée à la présence de douleurs physiques (et pas psychiques) et donc à une maladie grave, tout cela soumis à l'accord des parents. Ce sont des enfants qui vont mourir dans les jours qui suivent et que les médecins n'arrivent pas à soulager. Ce sont des jeunes qui ont mal. Je trouve qu'on peut quand même faire cela, ceci-dit depuis que la loi est passée, en mai, nous n'avons reçu aucune demande. Je pense que c'est plus une question idéologique que concrète. Il y avait une double demande : pour les mineurs, mais aussi pour les patients déments et atteints de troubles neurologiques. Cette deuxième catégorie de patients est beaucoup plus complexe, donc finalement les députés ont choisi d'élargir aux mineurs seulement.

En parlant de déments, nous venons de connaître la décision du parlement belge qui a finalement interdit l'euthanasie à ce prisonnier, violeur dangereux, qui la réclamait car il souffrait trop de son obsession. Qu'est-ce que vous avez pensé de cette décision ?

C'était clair depuis le début que cet homme souffrait et était "incapable" de se contenir. Sans doute s'agissait-il d'un malade mental qui n'était pas correctement soigné dans la prison dans laquelle il est détenu. On aborde en fait une question financière finalement, la Belgique a décidé de mettre plus d'argent dans l'enseignement et les soins que dans les prisons. Personnellement, j'ai été candidate au niveau politique (au sein du Centre Démocrate Humaniste, centre-droit ndlr) et je comprends cette décision. C'est normal que le pays ait plus d'instituteurs que de soins en prison, mais évidemment ça pose un réel problème. En Belgique, nous sommes très pragmatiques, on s'est dit qu'on ne pouvait lui offrir les meilleurs traitements et qu'on pouvait donc le soulager de sa souffrance en l'euthanasiant. Vous savez qu'il y a énormément de suicides en prison, donc on s'est dit qu'avant que cela ne se produise, il valait peut-être mieux l'euthanasier. Il y a beaucoup de suicides chez les malades psychiatriques, comme chez les malades âgés, des personnes en extrême souffrance, et peut-être que dans certains cas il vaut mieux qu'ils soient accompagnés dans le cadre de l'euthanasie plutôt qu'ils ne meurent seuls par suicide. Je pense que c'est dans ce cadre là que la première décision avait été prise. Le souci est sûrement que personne n'a voulu le faire … C'est un acte médical et pour cela il faut qu'un médecin souhaite le faire, c'est comme ça.

L'euthanasie d'une personne malade et l'assistance au suicide, telle qu'on la pratique en Suisse par exemple, sont-elles semblables ? 

En Belgique l'assistance au suicide fait partie de la loi sur l'euthanasie. Une fois que l'on a entendu qu'une personne voulait mourir et voulait être aidée pour cela, on a le droit de choisir comment faire : on peut donc lui proposer de boire une potion létale ou de recevoir une injection. Cette assistance au suicide rentre dans le cadre de l'euthanasie, ce qui implique tout un accompagnement de la personne et de ses proches. L'essentiel est donc que la société ne laisse pas seul quelqu'un qui est malade et qui souffre à cause d'une maladie, si fortement qu'il souhaite la mort. C'est l'accompagnement de la mort qui compte.

Par ailleurs n'avez-vous pas peur du développement d'un business du suicide ? Notamment avec la venue d'étranger en Belgique ou en Suisse pour se suicider, un acte qui coûte cher. 

En Belgique on a déjà du mal à trouver des médecins pour faire des avortements, donc je me demande bien comment on trouvera des médecins pour pratiquer l'euthanasie. C'est un acte extrêmement difficile et aucun médecin ne la pratique volontiers. On la pratique uniquement pour des patients que l'on connaît et avec qui on partage un bout de chemin. Depuis que j'ai publié mon livre ("Médecin catholique, pourquoi je pratique l'euthanasie", ed. Presses de la Renaissance, 2014 ndlr), j'ai des demandes de patients français et je dis non. Chaque pays doit s'occuper de ça. Les patients français qui désirent être euthanasiés doivent convaincre les députés français. L'exportation n'est pas possible. De toute façon, je ne pense pas qu'en Belgique cela soit possible.

Dans le débat pour/contre l'euthanasie, on invoque souvent la faiblesse des malades, dont certains pourraient profiter, des proches malveillants notamment, en cas d'héritage par exemple. Considérez-vous cela comme un danger auquel vous faites face ?

C'est une réalité que certaines personnes peuvent désirer qu'une autre s'en aille, mais la loi l'exclut car l'on doit affirmer, en tant que médecin, que l'euthanasie est effectuée "sans pressions extérieures". Il nous est bien demandé dans les papiers à remplir après l'acte comment cela a été vérifié. Il y a toujours deux médecins, trois parfois, dont un qui n'a jamais vu le patient. S'il a l'impression que ceux qui demandent l'euthanasie sont les proches, il dira non ! Mais moi je ne pars pas de l'idée que les enfants veulent la mort de leurs parents, je pense qu'on reste dans une relation de confiance. Nous ne sommes pas aux Etats-Unis où il y a partout des avocats. Quand on interroge les Belges sur les gens en qui ils ont confiance, le médecin généraliste arrive en tête. 

Pensez-vous qu'à terme l'euthanasie doive devenir un droit pour tous ou rester une circonstance exceptionnelle ?

Je ne pense pas que cela doit devenir un droit. C'est un acte de mort produit par quelqu'un d'autre, c'est très difficile à faire et l'on ne peut exiger de personne qu'il tue quelqu'un, même si c'est par compassion. Le droit est celui de pouvoir demander l'euthanasie et de pouvoir convaincre le médecin. Cela doit rester un acte exceptionnel lorsque l'on a pu soulager le patient. Heureusement aujourd'hui on continue la recherche pour pouvoir soulager les gens de leur souffrance et leur permettre une fin de vie digne. Tout cela dans le cadre exceptionnel d'une dépénalisation des médecins. C'est déjà une liberté, le droit d'avancer vers la mort en l'envisageant sereinement et non pas avec la peur de souffrir. Par ailleurs, je crois que la question cruciale est celle des finances : sommes-nous prêts, en tant que société, à mettre de l'argent pour que les gens en fin de vie aient assez de soignants qui les entourent ? En même temps je peux comprendre qu'on préfère multiplier le nombre d'enseignants auprès des jeunes qui ont toute la vie devant eux plutôt que le nombre de soignants. Mais il faut aussi peut-être partager et mettre de l'argent de côté pour la fin de vie.

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Commentaires (1)
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Gré
- 21/01/2015 - 22:14
" Par ailleurs, je crois que
" Par ailleurs, je crois que la question cruciale est celle des finances : sommes-nous prêts, en tant que société, à mettre de l'argent pour que les gens en fin de vie aient assez de soignants qui les entourent ?" ----------------- Tout est dit