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Le football français est secoué par des suspicions de corruption.
© Flickr / Ludo29
Le football français est secoué par des suspicions de corruption.
Ligne jaune

Descente de police dans le foot : entre corruption et tripatouillages, quel est le degré de “combines” acceptables dans le sport ?

Publié le 21 novembre 2014
Le football français est secoué par des suspicions de corruption, comme l'ont été avant lui d'autres championnats dans de nombreux pays. Combines et arrangements semblent parfois difficile à canaliser, à tel point que l'on se demande si une partie ne devrait pas être acceptée, dans une approche pragmatique. A condition de savoir définir la ligne à ne pas franchir.
Isabelle Queval
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Isabelle Queval est Professeure des universités. Directrice du Grhapes. INSHEA - Université Paris Lumières. Groupe de recherche sur le handicap, l’accessibilité et les pratiques éducatives et scolaires (EA 7287).  
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Pascal Taranto
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Pascal Taranto est philosophe et maître de conférence à l'Université de Nantes. Il a codirigé l'ouvrage  "Activités physiques et exercices spirituels" (Paris, Vrin, 2008)
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Le football français est secoué par des suspicions de corruption, comme l'ont été avant lui d'autres championnats dans de nombreux pays. Combines et arrangements semblent parfois difficile à canaliser, à tel point que l'on se demande si une partie ne devrait pas être acceptée, dans une approche pragmatique. A condition de savoir définir la ligne à ne pas franchir.

Atlantico : Coup sur coup, le football français a été touché par une suspicion de corruption en Ligue  1, et un cas quasiment avéré en Ligue 2. Pourtant, les cas de corruption recensé dans le sport vont de la proposition explicite d'argent pour tricher, à "l'arrangement à l'amiable" entre responsable, sans argent, et parfois sans enjeu réel. Où placer la limite entre corruption et "arrangement" peu glorieux mais acceptable ? 

Isabelle Queval : L'essence du sport, c'est la règle du jeu, sans doute plus que n'importe quelle activité. Il y a donc un attachement très particulier du sport à la règle, ce qui nous rend si sensible, par exemple face au cas de dopage de sportifs, alors que l'on y est pratiquement indifférent pour un homme politique, un trader ou un artiste.  La deuxième chose, c'est que dans le sport de compétifition de haut niveau, il y a une sorte de jeu avec la règle. On est dans un contexte d'extrêmisation de tous les paramètres physiques, psychologiques ou techniques. Il n'y a donc plus de performances possibles en dehors du tutoiement avec la règle, qui est toujours quelque chose de conventionnel (les règles changent parfois). On comprend donc les dérives liées à l'arrangement, le dopage, mais même aussi la simulkation sur un terrain de jeu. Le dernier aspect, c'est la présence de l'argent qui fait des sports concernés le centre d'enjeux financiers, politique ou géopolitique. Je ne pense donc pas qu'il y ait une spécificité de la corruption sportive, il y a une spécificité du sport certes, mais ce dernier ne peut pas être étanche par rapport aux réalités auxquels il est confronté. 

Il y a après des limites objectives ; celles qui sont posées par les règles et qui vous mettent dans la transgression si vous ne les respectez pas. Mais il y a surtout des limites subjectives ou morales – comme l'athlète qui se jette par terre dans une surface de réparation, ou les petits arrangements sur le score – qui pose la limite du "pas vu, pas pris". 

Pascal Taranto : La frontière est nette : c'est quand vous achetez un service qu'une autre règle vous interdit d'obtenir et vous forcerait à obtenir par un autre moyen que l'acte d'achat. Dans le sport moderne, les clubs sont des entreprises et elles sont donc soumises à des impératifs de gains. Or, les gains dans le sport sont soumis à un facteur : l'aléa. Il est certes circonscrit par d'autres facteurs (comme la qualité de votre équipe dans les sports collectifs), mais il demeure malgré tout. C'est donc quand l'arrangement réduit clairement la notion d'aléa (la "glorieuse incertitude du sport" qui est une expression qui a un vrai sens) qui est l'essence même du sport que la limite est franchie. 

Dans des compétitions aux enjeux financiers considérables, la tentation pour des clubs aux moyens considérables de s'assurer de résultats favorables semble inévitable. ESt-ce une forme de naïveté que de s'étonner de la sorte de l'existence de type de pratiques ?  

Isabelle Queval : C'est une question délicate. On voit le traitement médiatique et la prise de position de l'opinion partagée entre la fascination et le rejet. On peut supposer que du fait de l'ancrage dans la règle, le sport fait l'objet de projections d'un idéal démocratique. La visibilité, la simplicité dans le fonctionnement sportif souligne la notion d'égalité des chances, de règle de droit, d'ascenseur social, et on pense donc que dans le sport ces valeurs seront naturellemen mieux respectées. C'est vrai dans une certaine mesure : danas le sport la règle est transparente, on peu clairement voir les performances, et il n'y a pas de "fils à papa". A partir du moment où il y a cette attente de l'opinion, on supporte d'autant moins bien les dérives, dont la corruption ou le dopage.

Pascal Taranto : Le problème de l'acceptation restera le même : les plus gros corrupteurs resteront les plus riches. Par conséquent, on donne une prime à des gens, qui par ailleurs sont déjà prépondérants dans un contexte sans corrupion, quand on voit les différences de budget entre les équipes. On se heurterait aussi plus seulement morale mais aussi juridique de la corruption qui empêcherait l'octroi d'argent ou les arrangements dans le cadre du jeu. On se heurte aussi au fait que l'on restera choqué par ce genre de pratiques dans le sport où existe encore la nostalgie d'un sport "pur" avec sa notion de justice, là où on accepte beaucoup mieux ce type de pratiques dans le monde des affaires.  
 

La société est-elle plus intransigeante face à ce type de comportement dans une société de transparence où se sait ce qui ne se savait pas forcément autrefois ?

Isabelle Queval : Tout à fait. La transparence dans le suivi des athlètes est aujourd'hui bien plus importante qu'auparavant. On est presque même dans une volonté totalitaire (et pas que dans le sport d'ailleurs, on peut dire la même chose de la politique). Cette transparence renforce donc le côté "tous pourris", "tous dopés", "tous corrompus" quand quelque chose émerge.

Pascal Taranto : Cette transparence est aussi ce qui permet de ne pas nous retrouver dans ce que connaissent certains pays où la totalité des quipes d'une compétition sont tenues par des mafias locales et où la corrupton est généralisée de partout, de manière d'ailleurs souvent plus subtile, ou par l'usage de la menace. 
 

Le football est-il vraiment le sport le plus touché par la corruption comme cela semble être le cas ? Si oui, ce sport a-t-il une particularité qui le rendrait plus vulnérable ?

Isabelle Queval : C'est le sport le plus mondialisé, celui où il y a le plus d'argent et de médiatisation partout dans le monde. De fait, il concentre les appétits, les ambitions, et les dérives les plus marquées. C'est peut-être même d'ailleurs à cause de cette médiatisation excessive qu'il y a une relative discrétion sur les affaires de dopage dans le football...

Pascal Taranto : Le football est bien sûr le plus touché du fait de la présence de clubs puissants et d'argent. Mais il y a aussi une raison inhérente à ce sport : comme le terrain est très grand, qu'il est très difficile de diriger une balle avec le pied, que des facteurs comme le vent ou la qualité du terrain influent, il est le sport de l'aléa par excellence. 

Comment revenir à une pratique dépourvue de ce genre d'arrangements si une telle chose a déjà existé ?  

Isabelle Queval : C'est difficile de définir une pratique "pure" ou un sport "naturel" dépourvu de dopage. On peut bien sûr fixer des limites comme le fair play financier, la marchandisation des athlètes... Mais ce n'est que dans un cadre conventionnel que l'on peut orienter la pratique sportive, ce qui est d'autant plus difficile que le sport est une pratique universelle et que tout le monde n'a pas la même vision que ce que nous souhaiterions faire.

Pascal Taranto : Le problème, c'est qu'il n'est pas absolument certain que l'argent soit toujours le plus puissant des mobiles. Il peut aussi y avoir le désir de la victoire, ou la haine de l'adversaire qui peuvent être des moteurs peut-être encore plus puissants. Et cela peu amener à la volonté de "vaincre à tout prix" qui peut alors pousser au souhait de réduire les aléas. La question serait donc : peut-on enlever du sport la notion de "victoire à tout prix" ? Je ne pense pas que l'on puisse le faire dans les sports modernes où "seule la victoire est belle". 

 

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