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© Reuters
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Journée mondiale de l'Océan 2014

SOS planète en danger : et si notre salut venait du poisson (à condition de tout changer) ?

Publié le 08 juin 2014
Alors que l'aquaculture a atteint, en 2012, les 70 millions de tonnes de poissons élevés et pourrait être une réponse pour nourrir une population terrestre toujours plus nombreuse, une étude de l'Institut Farallon publiée en mai 2013 révèle que certains poissons d'eaux profondes contribuent à la séquestration du carbone au fond des océans.
Nicolas Fournier
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Nicolas Fournier est en charge des questions politiques européennes pour Oceana en Europe, organisation non-gouvernementale internationale créée en 2001 dont l'objectif est la conservation des océans et la préservation des écosystèmes et des espèces...
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Alors que l'aquaculture a atteint, en 2012, les 70 millions de tonnes de poissons élevés et pourrait être une réponse pour nourrir une population terrestre toujours plus nombreuse, une étude de l'Institut Farallon publiée en mai 2013 révèle que certains poissons d'eaux profondes contribuent à la séquestration du carbone au fond des océans.

Atlantico : L'aquaculture a atteint en 2012 les 70 millions de tonnes de poissons élevés. Le poisson pourrait-il être une réponse pour nourrir une population terrestre grandissante ? Cela permettrait-il de consommer moins de viande, dont la production est très gourmande en CO2 ?

Nicolas Fournier : Avec une population mondiale anticipée de 9 milliards en 2050, notre système mondial alimentaire va devoir produire 70 fois plus de nourriture pour répondre a cette demande croissante. Ce défi planétaire est immense, mais une partie de la solution réside bien dans nos océans, vaste source de nourriture souvent oubliée, dont le potentiel est de fournir 700 millions de repas à base de produits de mer sauvage par jour – soit près de 15 % des protéines animales de la planète. Pourtant nos océans ne sont plus en capacité de nourrir autant de gens du fait de leur surexploitation, la surpêche en premier lieu, qui a sévèrement réduit sa productivité depuis les années 1980. La flotte de pêche mondiale serait ainsi près de trois fois plus importante que son niveau durable, soutenue par 16 milliards de subventions publiques annuelles.

L'aquaculture ne pourra pas à elle seule répondre au défi alimentaire, et pire, encouragée à outrance sous ses plus mauvaises formes comme aujourd'hui, elle participe à la surexploitation des ressources de poissons sauvages. Il est donc impensable que l’aquaculture se substitue un jour à la production naturelle des écosystèmes marins. Ce qui est certain, c'est que les produits de la mer sauvages sont plus bien plus "efficaces" et économes en termes d'utilisation de ressources naturelles puisqu'ils ne nécessitent pas de terres arables, ni d'eau, ni d'intrants, n’émettent aucun gaz à effet de serre et sont meilleurs pour la santé. Le poisson sauvage est donc clairement une meilleure source de protéines que la viande de ce point de vue, et il est possible aujourd'hui de restaurer nos océans à leurs niveaux historiques d'abondance naturelle pour que la pêche sauvage contribue durablement à nourrir l'humanité.

Quelles sont les limites de l'élevage de poisson ? La qualité de ces poissons est-elle similaire à celle des poissons sauvages ?

Il est difficile de séparer l'aquaculture de la pêche sauvage, la première étant très dépendante de la seconde. En effet la plupart des poissons d'élevage sont nourris à partir de poissons sauvages, et il faut en moyenne entre 2,5 et 6 kg de poissons sauvages pour la fabrication d’1 kg de poissons d’élevage. Le développement d'une aquaculture carnassière soutient donc indirectement une activité halieutique destructrice : la pêche minotière, qui consiste à capturer d'immense quantité d'espèces moins nobles - dites de poisson fourrages - destinées a l'élevage : capelan, hareng, sardine, anchois du Pérou, etc. Or ces poissons, qui représentent aujourd'hui près de 40 % de la pêche totale contre 8 % dans les années 1960, servent presque exclusivement à fabriquer de la farine pour alimenter les poissons d'élevage carnivores. Cette nouvelle pêche, conséquence directe de la surpêche, met en danger les autres espèces marines qui s'en nourrissent, notamment les grands poissons prédateurs comme les thons, cabillauds ainsi que les baleines, phoques, dauphins et de nombreuses espèces d'oiseaux marins. Des études montrent par ailleurs que ces poissons sont financièrement plus rentables si on les laisse dans la mer pour nourrir les plus gros que si on les capture au profit des fermes aquacoles.

Construite sur le modèle agricole industriel, l’aquaculture n’est autre que de l'élevage intensif transposé en milieu marin avec des conséquences environnementales désastreuses : concentration de déjections animales, prolifération d’algues et contaminations bactériennes des eaux, épidémies, accumulation de pesticides et produits vétérinaires dans la chair des poissons, perte de la biodiversité génétique, etc. L'élevage aquacole n'est donc bien souvent pas une solution et concourt plus à la destruction des zones côtières et une perte de la valeur nutritive du produit final.

Une étude de l'Institut Farallon en mai 2013 a montré que certains poissons contribueraient à la séquestration du carbone au fond des océans. Faudrait-il limiter la pêche sauvage ?

Selon l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), 90 % des pêcheries mondiales sont surexploitées ou pleinement exploitées - la pire estimation annoncée depuis des années. Il existe un consensus scientifique sur l'état de nos océans et la mauvaise gestion de la pêche. Nous savons délibérement qu'il faut réduire la pression de pêche pour permettre aux stocks de se reconstituer, et nous savons aussi que limiter la pêche aujourd'hui permettra de fournir plus de poissons à moyen terme. La question du changement climatique et du rôle des organismes vivants – et du poisson – dans la séquestration de CO2 n'est pas nouvelle et ne sera pas une raison suffisante pour réduire la pêche. Les océans sont le plus grand puits de carbone sur Terre, une formidable "pompe à chaleur" captant 50 fois plus de CO2 que notre atmosphère. Résultat, il sature et commence à s'acidifier dangeureusement, sans aucune attention politique. Nous savons déjà ce qu'il faut faire pour répondre au défi climatique et des mesures bien plus efficaces que limiter la pêche existent.

Quelles mesures devons-nous prendre pour limiter la pêche sauvage tout en permettant de satisfaire la demande mondiale avec des poissons de qualité ?

En matière de pêche, le plus important est le respect des avis scientifiques afin que les décisions politiques (comme la définition des quotas) soient strictement basées sur des considérations halieutiques qui comprennent l'aspect environnemental. En Europe la Politique de Pêche Commune, qui a longtemps été décriée pour son absence de considération environnementale a été reformée en 2014 et intègre dorénavant des règles fortes en matière d'atteinte de niveaux durables des stocks (on parle de Rendement Durable Maximum) et d'approche éco-systèmique de la pêche, c'est-à-dire de considérer l'impact de pêche sur tout l'écosystème marin. Ces objectifs visent à fournir un niveau optimal de captures - pour permettre de répondre à la demande croissante de produits de la mer - sans affecter le processus de reproduction des poissons à long terme. Nous savons donc quoi faire pour réguler la pêche sauvage, mais comme toute politique, elles nécessitent d'être respectées et reposent donc aussi sur un système fort de contrôle des pêches.

Propos recueillis par Clémence de Ligny

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