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Les dividendes atteignent des records en France mais ce n’est pas pour les raisons qu’on croit
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Les dividendes atteignent des records en France mais ce n’est pas pour les raisons qu’on croit
Les vraies raisons

Oui, les dividendes atteignent des records en France mais ce n’est pas pour les raisons qu’on croit (notamment parmi les syndicalistes)

Publié le 11 juin 2014
Les dividendes versés aux actionnaires battent record sur record, pour atteindre un plus haut historique en 2012. Un phénomène qui ne fait que traduire le mal profond qui frappe la France depuis le début des années 80.
Nicolas Goetzmann
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Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr. Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :
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Les dividendes versés aux actionnaires battent record sur record, pour atteindre un plus haut historique en 2012. Un phénomène qui ne fait que traduire le mal profond qui frappe la France depuis le début des années 80.

La compétitivité est devenue le maître mot de l’économie française. Le constat alarmiste de la faible compétitivité des entreprises fait consensus à travers le spectre politique. Pourtant, un autre son de cloche peut parfois se faire entendre, notamment lorsque le niveau historiquement élevé des dividendes versés aux actionnaires est visé.

Les dividendes

Il est en effet observable que la part des dividendes nets dans l’excédent brut d’exploitation atteint un record en 2012, à plus de 29%.


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Face à une telle progression, il est légitime de se tourner vers la baisse des marges des entreprises pour tenter de comprendre le phénomène. En effet, si la marge baisse, il peut être tentant pour les actionnaires de réclamer une plus grande part du gâteau. Il convient alors d’observer la part des dividendes dans la valeur ajoutée elle-même, permettant de se faire une idée de l’exigence des actionnaires.

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Mais ici encore, le constat est le même. La part des dividendes versés aux actionnaires augmente bel et bien depuis la fin des années 70 en France. Et ce après avoir subi une forte baisse au cours des « trente glorieuses ». La moyenne observée depuis 1949 se situe aux alentours de 5%, et aura atteint 8.27% en 2012.

Le taux de marge des entreprises

 Le très haut niveau atteint par les dividendes en 2012 masque cependant une autre réalité : la forte baisse du taux de marge des entreprises enregistrée depuis 2008.

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Cet écroulement ne fait pas mystère. Les entreprises sont confrontées à l’effondrement de leurs ventes et n’ont pas ajusté leur masse salariale à la baisse dans les mêmes proportions. Malgré un niveau de chômage historiquement élevé en France, il est un fait que les entreprises ne se sont pas autant séparées de leurs salariés qu’elles auraient « pu » le faire : La rentabilité est à la baisse.

Mais si le taux de marge des entreprises a bien chuté pour atteindre un plus bas de 30 ans, l’analyse du long terme en va tout autrement. 

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Les Investissements

La spectaculaire tendance à la hausse des taux de marges devrait, en toute logique, être corrélée au niveau d’investissement des entreprises, selon la formule « les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après demain ». Malheureusement, la réalité a pris un autre chemin.


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Alors que les investissements ont suivi la même tendance baissière que les taux de marge durant les « trente glorieuses », et le même départ en fanfare en 1983, la corrélation s’arrête nette dès 1990. Les fortes marges constatées au début des années 90 n’ont pas délivré les promesses de hausse des investissements. Plus de marges, plus de dividendes, et moins d’investissement, le contrat semble rompu. Et pourtant, il existe bien une explication rationnelle à ce phénomène.

La tendance baissière de la croissance

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Si les entreprises n’investissement pas, c’est qu’elles n’ont pas de raison de le faire dans un environnement de croissance toujours plus faible. Le comportement consiste alors à tirer le maximum de cette faible croissance, comme nous avons pu le voir précédemment.

Bien entendu la France ne retrouvera pas ses taux de croissance d’antan, mais il est avéré que l’économie française « tourne » en sous régime depuis plus de 30 ans, c’est-à-dire depuis le tournant de la rigueur initié en 1983. Cette année 1983 est une invitation à observer l’ensemble des graphiques précédents afin de se faire une idée de l’impact de la « nouvelle » politique monétaire mise en œuvre à cette date sur le pays.

Car au regard des différents graphiques présentés, il est frappant de constater l’effet massif du virage pris par le pays en mars 1983.

Les salaires

Mais au-delà des répercussions sur les niveaux de marges des entreprises, des versements de dividendes, etc…il apparaît que la part dévolue aux salaires dans la valeur ajoutée a également subi l’impact de 1983.

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Alors que les taux de croissance connue lors des trente glorieuses ont pu mettre une grande pression sur les entreprises pour augmenter les salaires, le tournant de 1983 a provoqué l’inversion de la tendance. Un taux de chômage élevé a en effet permis aux entreprises de « tenir » la progression des salaires et retrouver des taux de marges plus confortables, ce qui aura permis, à l’inverse, la lente progression des dividendes. (Inégalités ?)  Du côté des investissements, et comme cela est indiqué plus haut, le constat est que les marges des entreprises ne semblent pas y être corrélées sur le long terme. Par contre, la corrélation avec le niveau de croissance semble plus nette :

Taux de croissance à prix courants en abscisse et taux d’investissement en ordonnées.

 

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Plus la croissance est forte, plus l’investissement suit la tendance.

Conclusion

 Le mécanisme du tournant de la rigueur de 1983 a d’abord mis fin à la terreur de la grande inflation des années 70. Une inflation incontrôlée qui venait entamer les marges des entreprises, les dividendes mais également l’investissement et qui a permis l’émergence du chômage en France. Mais le rétablissement de la situation a été rapide à des niveaux acceptables pour tous, salariés et actionnaires dès la mise en place de la nouvelle politique anti-inflation du début des années 80.

Le problème fondamental de la France a été la poursuite de cette politique au-delà des limites du  raisonnable. En luttant de façon incessante face à l’inflation au détriment du chômage, la Banque de France puis la BCE ont tout simplement bridé la croissance française. Le potentiel de croissance du pays n’est pas atteint depuis près de 30 ans. Une économie qui évolue en deçà de son potentiel produit du chômage et donc une faible capacité de négociation pour les salariés. Mais elle ne permet pas non plus à ses entreprises de croître aussi fortement que leur potentiel le leur permettrait. Elles font ce qu’elles peuvent.

Entreprises et salariés sont dans le même bateau, le bateau de la nécessité du retour de la croissance. Une croissance pour tous qui ne peut trouver son fondement que dans une politique monétaire ayant comme objectif le plein emploi, au même titre que l’inflation. La compétitivité, les marges des entreprises etc…ne sont que les symptômes du mal qui frappe la France : une politique monétaire inadaptée à son potentiel de croissance.

 

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Commentaires (8)
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2bout
- 24/04/2014 - 11:58
Mandos,
Je suis parfaitement d'accord avec vous et bien conscient que l'objectif de Mr Goetzmann n'est pas d'initier mais d'influencer ces lecteurs. Par contre, j'aimerais le suivre dans la fin de son raisonnement, parce que vous le relevez, la politique menée par la FED n'est pas plus enviable que celle menée par la BCE (et encore moins celle menée au Japon). Je m'amuse comme soussa de le voir conclure chaque article par la même nécessité, quand bien même dans son titre, on y trouverait motif à être attentif et bienveillant à son égard au travers d'une possible mise en cause des syndicalistes.
Vive l'impôt et vive la France ... endettée, et c'est facile, avec l'argent ... facile.
Mandos
- 24/04/2014 - 11:37
@2bout
Vous confondez pédagogie et lobbying politique. Nicolas Goetzmann se moque pas mal d'instruire les masses ; ce qui l'intéresse, c'est utiliser Atlantico comme tribune pour faire avancer l'agenda monétariste du groupe d'intérêts qu'il représente - celui-ci pouvant s'appuyer sur ses articles quasi-quotidiens pour suggérer ensuite auprès des décideurs que l'opinion à droite est favorable à une politique monétaire laxiste extensive.
C'est à la fois faux du point de vue de la représentativité de ces opinions dans l'opposition, et très dangereux du point de vue économique, raison pour laquelle il n'est pas possible de le laisser proférer ses insanités en paix.
2bout
- 24/04/2014 - 10:58
Ti connais koi toi en économie ?
Mr Goetzmann fait de la pédagogie et le fait avec abnégation tel un professeur en ZEP face à des élèves turbulents. Cela devrait être motivant tant des questions précises sont en attente de réponses.
Concernant le décrochage des investissements face aux allemands, la taxe pro a été en totalité responsable de ce phénomène, et aujourd'hui, je vois par exemple, Nestlé, détruire des bâtiments (ou plus personne n'y trouvera d'emplois), parce que ce qui a remplacé la TP taxe le foncier bâti. Vive l'impôt et vive la France.